‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 138 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE III

avait réservé à la croix un défenseur digne d'une grande cause. Le Souliote Markos Botzaris avait toutes les qualités qui manquaient à ceux dont les divisions et Tarabition compromettaient le salut de la Grèce, Petit de taille, il portait sur ses traits pâles et mélancoliques l'expression de la modestie et de Tabnégation. Sa physionomie ouverte montrait qu'il était étranger à la ruse. Son attitude calme prouvait son antipathie pour la funeste turbulence de quelques-uns de ses collègues. Mais cet agneau devenait dans les combats aussi terrible que son compatriote l'héroïque Photos Tsavellas, et il courait au feu comme à une fête. Méprisant le butin et les riches vêtements, il ne portait que les habits tissés par sa sœur , la belle et douce Angélique. Les ennemis du nom chrétien ne pouvaient se refuser d'admirer tant de grandes qualités unies a tant de simplicité. Les préjugés asiatiques, si favorables à l'emphase et aux vaines démonstrations, ne les empêchaient pas de reconnaître dans Botzaris la manifestation d'un esprit supérieur, à la fois tendre et ferme, le véritable esprit chrétien. Pareil à ces Macchabées, qui se sacrifiaient à la patrie, le digne fils de Souli se dé-

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cida à mourir , s'il le fallait , pour arracher la Grèce à Tesclavage.

Botzaris, avant de marcher au devant des Turcs, termina les fortifications de Missolonghi. Comprenant la nécessité d'étouffer tout 'germe de jalousie et de division parmi les capitaines, il déchira en leur présence son diplôme de slralarque (gouverneur militaire) de la Grèce occidentale, après l'avoir baisé avec respect pour manifester sa déférence envers l'assemblée nationale. «Celui de nous qui voudra des diplômes, dit-il, ira les chercher dans les tentes du pacha. » La veille du jour où il se sépara des siens, il se promenait au clair de la lune, avec sa sœur, sous les murs de Missolonghi: «Demain, dit il, je vais à l'ennemi, et vous, vous partirez pour l'Italie, d — Voyant qu'un torrent de pleurs s'échappait des yeux d'Angélique : « Pourquoi ces pleurs? dit-il, nous nous reverrons. » — «Où?» demanda la jeune fille. — Sans répondre , le héros la regarda avec compassion, la pressa sur son cœur et ne put retenir quelques larmes. Adoré de sa famille, de ses enfants et de sa femme, morte récemment à Athènes, Botzaris n'était pas un stoïcien insen-

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