PARTIE I. — LIVRE III
sible. Il aimait la vie; son sacrifice et sa mort n'en sont que plus admirables.
La petite armée hellénique, composée seulement de 2500 hommes, se dirigea vers l'Acarnanie. Elle allait combattre les meilleures troupes que la Turquie eût encore lancées sur la Grèce, des troupes fières de leur nombre et de la bravoure de leurs chefs. L'intrépide Djéladin-bey, qui commandait Tavant-garde, forte de 8000 hommes, menaçait déjà Carpénisi. Botzaris, après avoir taillé en pièces un corps ennemi , apprit, à une lieue et demie de Carpénisi, que Djéladin venait de s'en emparer. 11 expliqua alors à ses soldats le plan audacieux qu'il se proposait d'exécuter dans la nuit. Il voulait , avec une troupe d'élite, pénétrer dans le camp et anéantir les meilleurs bataillons de Moustapha. On sait quelle est l'incurie des Turcs. D'ailleurs, ne prévoyant aucune résistance, ils marchaient sans crainte vers Missolonghi. Le projet de Botzaris ne souleva aucune objection , et 222 Souliotes s'offrirent pour tenter cet héroïque coup de main. Le resle de l'armée devait le seconder, sans prendre d'abord part à l'action.
Lorsque les ombres de la nuit commencèrent
284 ACARNANIÊ ET ÉTOLIE.
à descendre des monts , le général, cédant à la pente naturelle de son caractère et à la puissance des affections qui rattachaient à l'existence , se retira à l'écart sur le bord d'un ruisseau. Dans, ces temps incertains, où l'âge ni le sexe n'échappaient à la fureur des barbares, il était difficile de laisser sans inquiétude ses enfants et sa femme abandonnés au hasard des événements. Livré à des pensées pleines d'angoisse, le héros, levant les yeux vers les montagnes dont le pays est hérissé , laissa échapper quelques soupirs. Toussas Botzaris, sonparenl, qui l'avait suivi sans qu'il s'en aperçût, l'ayant interrogé, le général lui prit la main avec affection. «J'accomplis, dit-il, une tâche pénible; que deviendront ma femme et mes enfants ? »
Les pressentiments sinistres de Botzaris ne l'empêchèrent pas d'attaquer le camp turc avec tant de résolution qu'il engagea l'action en poignardant de sa main cinq Albanais réveillés par le bruit de ses pas. Atteint d'un coup de feu dans les reins , il continua de combattre jusqu'au moment où une balle lui frappa le front : «Frères, vengez-moi,» dit-il, en tombant au milieu des cadavres ennemis entassés autour de lui. Tous-