PARTIE I. — LIVRE III
sas et ses Souliotes enlevèrent le corps de leur ami, tandis que les Hellènes, exaspérés de la mort de leur chef magnanime , chargeaient les Musulmans avec une nouvelle fureur et les mettaient en fuite. Digne par ses vertus d'être comparé à Epaminondas , Bolzaris , comme le héros thébain , mourut au sein de la victoire.
Cette mort triomphale fut célébrée à Missolonghi avec un mélange de douleur et d'enthousiasme patriotique. Lorsque le corps entra dans la cité y dont le bras de Botzaris semblait Tunique rempart, toute la ville accourut au devant du convoi , que les dépouilles de l'ennemi faisaient ressembler à une pompe militaire. Enveloppé du manteau écarlate des fiers guerriers de l'Albanie, gardant à ses côtés son sabre, fidèle compagnon de ses exploits, Botzaris était couché sur un brancard porté par six pallicares de Souli. Devant lui s'avançaient les prisonniers enchaînés, les drapeaux pris aux Turcs dans le combat, des coursiers de bataille splendidement enhamachés. Le cortège était fermé par des mulets*chargés de fusils et de pistolets, par huit mille moutons et par les munitions enlevées du camp.
Les funérailles des Orientaux diffèrent profondément des cérémonies funèbres de l'Occident. Loin de cacher le mort à tous les yeux comme un objet d'horreur, on veut qu'il reçoive solennellement les adieux de tous ceux qui l'ont aimé. Quand il s'agit d'un homme qui a tout sacrifié pour son pays, ces adieux prennent un caractère essentiellement dramatique et touchant. Le corps avait été déposé dans la maison de l'éparque de Missolonghi. Vers le soir, on introduisit les femmes chargées de chanter le mirologue. Elles étaient, selon l'usage, vêtues de blanc, et leurs cheveux épars flottaient sur leurs épaules. Rangées en cercle autour de Botzaris, elles n'eurent pas de peine à trouver dans une douleur qui remplissait toutes lésâmes, des accents supérieurs aux plaintes ordinaires qu'on improvise auprès des morts. Â minuit, tout rentra dans une paix solennelle. La ville silencieuse et consternée se préparait aux graves solennités du lendemain. Lorsque le défenseur de Missolonghi parut dans la rue sur un cercueil orné de cyprès , le visage découvert , ses bras invincibles croisés sur un cœur qui n'avait jamais tremblé , le son des cloches et le bruit de l'artillerie reten-