PARTIE I. — LIVRE III
tirent depuis le bord des flots jusqu'aux vallons de rAracynthe. Des fenêtres, les femmes faisaient pleuvoir des fleurs mêlées d'eau de rose , de myrrhe et d'aloës. C'est ainsi que le cortège s'avança vers l'église. Lorsqu'après l'office des morts le pontife appuyé sur hpaterilza (crosse des prélats grecs) prononça ces paroles saintes : «Que l'âme du martyr repose dans la paix de Dieu ! » — tout le peuple se précipita à genoux en disant : Amen ! Puis les pallicares, que Botzaris avait tant de fois guidés à la victoire, s'avancèrent pour donner à leur capitaine le dernier baiser. Quand les assistants les eurent imités, on descendit dans la fosse le corps de Botzaris , on y versa quelques gouttes d'huile consacrée, et la terre cacha aux regards des Hellènes la dépouille mortelle du plus noble soldat de la Grèce régénérée.
La mort de Botzaris fut un grand malheur pour la Grèce. Peut-être son exemple eût-il triomphé des rivalités qui la mirent à deux doigts de sa perte. Peut-être sa réputation eût-elle décidé les Albanais musulmans et catholiques à une insurrection contre la Turquie. Chez un peuple épris de l'héroïsme, il eût pu mieux que personne
388 AGARNANIE ET ËTOLIE.
faire oublier d'éternelles dissensions et rallier à la cause hellénique une nation dont la destinée, depuis les régnes de Philippe et d'Alexandre, a été unie presque constamment à celle de la Grèce, qui, au temps de Scanderbeg, a été le bouclier de l'Europe orientale , et qui , encore aujourd'hui , couvre le nouveau royaume de ses nombreuses colonies.
Les funérailles de Botzaris n'étaient pas les dernières que dût voir Missolonghi. Byron , qui y fut appelé par les Souliotes et p^ M. A. Mavrocordatos, chargé de nouveau de commander dans la Grèce occidehlale, y succomba en avril 1824. Le grand poète était honteux de la conduite que son gouvernement tenait envers la Grèce. Tandis que la station française dans l'Archipel se signalait par des traits de générosité sans nombre, le lord haut-commissaire des îles Ioniennes, Maitland, agissait en allié des Turcs. Les Anglais, d'accord avec les Autrichiens, ravitaillaient leurs places fortes. Melternich se conduisait envers les Hellènes en digne successeur des hommes qui avaient livré Rhigas-le-Libérateur aux bourreaux des barbares. Byron comprit que, si les oppresseurs des Italiens et des Roumains pou-