PARTIE I. — LIVRE III
parts armés de pierres, se ranger à côté des soldats et chanter au bruit des balles sifflant autour de leur tète*. «Que ne puis-je être auprès de vous , écrivait à son oncle , le général Notis Botzaris, le fils de «l'aigle de la Selléide», pour prendre part à ce sacré et divin combat dont vous faites vos délices! Combien je gémis d'être encore si jeune ! »
Les femmes grecques n'étaient point, comme les femmes italiennes en 4848 et en 1859, toujours exposées à voir blâmer leur patriotisme comme un crime digne d'éternels supplices par un clergé vendu à l'étranger. Joseph, évêque de Rogas, dont une mort héroïque couronna la noble vie, les soutenait par ses exhortations. Tantôt il prononçait l'éloge des martyrs et présentait leur exemple comme un modèle à ceux qui survivaient, tantôt il relevait les courages abattus et s'écriait avec ses prêtres : « La victoire ou la mort! » Un autre jour dans une lettre pastorale il menaçait de la malédiction divine tous les chrétiens qui ne feraient pas leur devoir; enfin, on le voyait venir sur les murailles, entouré de ses clercs , afin de porter la terre des-
* Journal du siège dans les Chroniques.
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linée à soutenir les canons. Grâce au zèle des pasteurs, les hymnes de l'Église orthodoxe se transformaient en chants patriotiques, et les triomphes des héros qui défendaient leur terre natale oblenaient la même admiration que les victoires remportées par les martyrs du christianisme. Les Ottomans unissant dans une même haine ces femmes , ces enfants et ces prêtres intrépides s'avisèrent le 8/20 décembre 4826 de faire empaler au devant de leur camp deux femmes , quelques enfants , un prêtre revêtu de ses habits sacerdotaux et quelques autres captifs. Les marins ne se montrèrent pas moins dévoués à la patrie. Miaoulis et Sakhtouris leur donnaient l'exemple de la bravoure. Le 20 mai (1er juin 1825), le vice-amiral Sakhtouris battit entre TEubée et l'île d'Andros une flotte ottomane , forte de cent vaisseaux de guerre ou de transport, qui apportait au ^erûw&^r un formidable équipage de siège*. Au moment où la place commençait à manquer de vivres, le «Nelson de la Grèce » se chargea de la ravitailler. « Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! s'écria la foule en se précipitant vers le port , ce sont
* Proclamation du gouvernement hellénique du 24 mai/5 juin.