‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 147 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE III

renversées par les bombes, les assiégés étaient obligés de se construire de misérables cabanes , qui les défendaient à peine contre la pluie. Manquant de vêtements et de chaussures, et la plupart du temps de pain , ils devaient passer des nuits entières à observer l'ennemi. La France , qui déteste avec raison le service mercenaire , s'irrita de voir d'indignes compatriotes de Jeanne Darc , de la Tour d'Auvergne et de Marceau marcher à la tête des hordes de l'Afrique et de l'Asie. Cette réaction contre la barbarie fut utile à la patrie de tant de héros de la liberté. Elle réveilla le sentiment national contre une dynastie imposée par les baïonnettes étrangères et patronnée par les Jésuites. Tandis que des souscriptions s'ouvraient dans la plupart des villes pour les martyrs de l'Étolie, que les femmes parcouraient les maisons pour y recueillir pieusement les offrandes de la charité chrétienne , les Français se rappelaient les luttes soutenues par les défenseurs de leur nationalité, et se promettaient secrètement de profiter de la première occasion pour se débarrasser de princes qui n'avaient pas rougi de combattre avec les ennemis du pays.

Ibrahim-pacha ne tarda pas à s'apercevoir que tant que les Hellènes pourraient recevoir par mer des vivres et des munitions , il ne les déciderait jamais à capituler. Il prit donc le parti de s'emparer des principales positions qui défendaient les lagunes. Au mois de mars , il attaqua le fort de Vasiladis, où une bombe fit sauter le magasin à poudre et rendit la défense impossible. Poros et Anatolico étant également tombés en son pouvoir, Ibrahim fit attaquer Clissova le 6 avril/25 mars 1826. Chssova n'avait pas trois cents hommes de garnison , mais Kitsos Tzavellas s'y était était jeté pour la défendre. Tzavellas soutint la renommée de son père et de son aïeul. Reschid, qui avaitcommencé l'attaque à cinq heures du matin, était obligé de battre en retraite vers midi. A deux heures, Ibrahim lui-même entrait en ligne avec 2500 Égyptiens les mieux discipHnés de son armée. Il ne fut pas plus heureux que Reschid. Le soir, sa flottille s'éloignait en désordre, laissant dans l'îlot 1200 cadavres ; le reste des morts était tombé dans les flots. On croit que les Turcs perdirent plus de deux mille hommes dans celte lutte de treize heures , où tant de sang avait

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