PARTIE I. — LIVRE III
coulé que, mVt-on dit, la mer formait un cercle d'un rouge sombre autour de Glissova. Mais les soldats de Tzavellas n'avaient pas un morceau de pain pour réparer leurs forces ! La détresse n'était pas moins grande à Missolonghi. On n'y avait d'autre ressource que les plus vils aliments. Miaoulis essaya en vain de forcer le passage. Les officiers européens au semce d'Ibrahim avaient si bien garni les lagunes de batteries, que la flotte turque, protégée d'ailleurs par d'immenses radeaux, était inabordable. Canaris lui-même ne put en approcher. Le lordcoramissaire des îles Ioniennes, plus humain que Maitland , pressait les assiégés , les larmes aux yeux, d'accepter l'honorable capitulation que proposait le général africain: «Je vous rends grâces de l'intérêt que vous nous témoignez, répondit Notis Botzaris avec une noble fermeté, mais vous feriez mieux de nous apporter du pain que devenir mettre notre constance à l'épreuve. Si nous sommes devenus criminels aux yeux des souverains de l'Europe pour avoir voulu vivre chrétiens et libres; si vous craignez d'attirer sur vous leur colère en venant à notre secours, conseillez-nous du moins de mourir au pied de
la croix, et non de reprendre des chaînes arro sées du sang de nos frères. »
La garnison refusant de capituler, il ne lui restait d'autre parti à prendre que de s'ouvrir un chenain à travers Tennemi.
La nuit du 10/22 avril 1826 fut choisie pour l'exécution de ce périlleux dessein. Malgré la trahison d'un Bulgare, qui fil connaître aux généraux du padishah la route qu'on devait suivre , elle franchit les triples retranchements de Tennerai et arriva, toujours en combattant, au couvent de Saint-Siméon, au pied du mont Aracynthe. Là, après un combat contrôles Albanais qui l'occupaient, ces braves ayant soutenu une nouvelle lutte à moitié de la hauteur, parvinrent au sommet de la montagne, d'où ils purent, aux premiers feux du jour, contempler les ruines de la glorieuse cité qu'ils avaient vaillamment défendue et que la faim seule avait pu leur faire abandonner. Cette cité avait, même en succombant, donné au monde un éclatanl exemple. Les habitants, au lieu de suivre la garnison, étaient rentrés dans la ville en entendant crier «en arrière! » par quelques compagnons trompés. L'ennemi était déjà dans Mis-