PARTIE I. — LIVRE III
solonghi. Les Turcs , irrités d'une longue résistance, ne songèrent d'abord qu'au massacre. Plusieurs femmes, craignant le réveil d'une brulalilé aussi redoutable que la soif du meurtre, tuèrent leurs enfants et se jetèrent dans les puits. Mais Khristos Capsalis, un des primats de la ville, avait pris ses précautions pour soustraire aux Ottomans la plupart des femmes et des enfants. Au moment du départ de la garnison et quand le plus grand nombre de ses compatriotes se disposaient à la suivre avec leur famille, il avait refusé de partir, et ouvrant aux femmes le grand magasin de poudre : « Venez ici, dit-il, et soyez-y tranquilles , je réponds de vous.» Après le premier emportement de la victoire , les barbares se réunirent autour du vaste édiflce qu'ils croyaient devoir renfermer les richesses des habitants. Capsalis lés laissa se ras-"" sembler sous les murs du magasin, attaquer les portes et grimper sur le toit. Tout à coup, levant les yeux au ciel, il mit le feu aux poudres en prononçant cette simple prière: «Souviens-toi de moi, Seigneur ! » C'est ainsi qu'il arracha aux hontes du haremetde l'esclavage tantd'innocentes victimes en faisant sauter avec elles 2000 barbares .
«La ville dont vous nous avez confié la défense, écrivaient d'Amphissa aux membres du gouvernement Notis Botzaris etKitsos Tzavellas, est aux mains de l'ennemi , mais transformée en un vaste monceau de ruines qui couvrent plusieurs centaines de nos braves reposant sur des milliers de cadavres ennemis Tous les Hellènes ont fait leur devoir.... Les uns sont morts en héros , les autres vivent encore; mais ils ne respirent que la vengeance.... La plus grande partie de nos femmes et de nos enfants ont succombé dans cette lutte, — ajoutent les chefs en racontant leur sortie de la ville sacrée , — toutefois le barbare n'a eu que des morts ; car pas un Hellène n'a été pris vivant. Arrivés sur les montagnes voisines, nous prîmes quelques heures de repos , et nous nous dirigeâmes à la pointe du jour vers Salona (Amphissa) , où nous nous trouvons depuis quatre jours au nombre
de 1800 Nous sommes fiers de vivre encore
pour venger les tombes renversées de l'immortel Marcos et du généreux Anglais qui nous consacra ses chants, son amour et sa vie. Missolonghi est partout avec nous... Enfants de la Grèce et du malheur, nous sommes toujours les