PARTIE I. — LIVRE III
gnîrent à elles , je remarquai deux personnes qui m'intéressèrent vivement.
La première avait les yeux encore vifs , quoique son visage fût couvert de rides. Elle se nommait Maghioula, et était veuve de Constantin Baroukchi. Son mari et son fils furent tués en combattant Omer-Vryonis. Il lui restait une fille de deux ans nommée Tsoupa. Lorsqu'elle s'échappa de la ville avec la garnison , elle partit armée, et portant sa fille sur le dos. Un petit flacon d'eau était attaché à sa ceinture, ses poches étaient remplies de café , et elle avait caché des pièces d'or dans les tresses de ses cheveux , couverts d'un turban. Les Égyptiens l'ayant rencontrée avec d'autres fuyards, lui arrachèrent sa fille et la couvrirent de blessures, dont sa poitrine, sa tête, ses bras et un de ses pieds avaient surtout conservé les traces effrayantes. Vêtue d'une seule chemise , elle resta toute la nuit au miheu des cadavres, grelottant de froid et épuisée par la perte' de son sang. Elle était obligée d'étouffer ses gémissements contre le sol, afin qu'on ne s'aperçût pas qu'elle vivait encore. Le matin, arriva une troupe de Turcs qui lui coupèrent les cheveux avec tant de brutalité
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qu'ils lui firent d'un coup de sabre .sous l'oreille gauche une forte entaille dont elle me montra la profonde cicatrice. Ils emportèrent son argent sans daigner l'achever. D'autres Musulmans , qui vinrent à passer , entendant les plaintes qu'elle ne pouvait plus contenir, la poussèrent dédaigneusement du pied en l'interrogeant sur sa situation. Elle leur demanda comme une grâce de mettre fin à ses maux. Touchés un moment de ses souffrances , ils la placèrent en croupe sur un de leurs chevaux ; mais à la station où ils s'arrêtèrent ils la jetèrent avec l'insouciance asiatique dans la cour de la maison occupée par un des chefs de l'armée victorieuse , où elle resta exposée aux ardeurs d'un soleil dévorant et aux attaques des mouches que ses plaies attiraient. Tandis qu'elle était ainsi plus abandpnnée que Job, elle apprit par hasard que sa bru était enfermée chez le pacha avec d'autres femmes grecques. Elle en obtint du linge pour envelopper sa tête et panser ses blessures. Après qu'elle eut passé trente-cinq jours dans une grange de cette cour, on la mit sur un cheval et on l'amena en Épire à Janina , où elle resta plus d'un mois. Vendue à un beg albanais, — l'Albanie est gouver-