PARTIE I. — LIVRE III
née par des begs ou beys plutôt vassaux que sujets de la Porte, — elle resta chez lui quinze ans employée aux soins du ménage , jusqu'au jour où un charitablepapo^ la racheta pour mille piastres. Heureusement qu'il lui restait quelques débris de sa fortune et qu'elle put rendre au prêtre l'argent qu'il avait déboursé.
Une autre personne, d'une démarche imposante, complètement vêtue de noir, m'apporta deux volumes de poëmes composés par elle. Elle a dû être très-belle, ses mouvements sont lents et ses paroles rares. Elle se nomme Antonoussa J. Camboropoulos et elle est de laCydonie, dans l'île de Crète. Les deux volumes qu'elle m'offrit étaient l'un un poëme tragique contenant la description de plusieurs guerres qui ont eu lieu en Crète pendant la révolution grecque*, l'autre une tragédie en cinq actes, dont un soldat patriote, George Papadakis, est le héros". L'auteur de ces poëmes, avec un peu d'instruction, un esprit sérieux et un cœur sensible , a vu ses concitoyens soutenir une lutte qui était de nature à
* Poëme tragique contenant le récit de plusieurs guerres de la Crète pendant la révolution grecque y in-S». HermopoUs 1840.
* George Papadakis, poëme, in-8o. Athènes 4847.
faire une vive impression sur les âmes. M™« A. J. Camboropoulos déclare dans la préface de son premier ouvrage qu'elle Ta écrit pour trouver un moyen d'épancher les sentiments douloureux qui l'oppressaient : cDieu, dit-elle, éclaire ma raison afin que je raconte en pleurant les malheurs de mon pays. i> Le sentiment ne manque point dans le Poème tragique y la versification est facile, mais on y trouve plus d'une trace d'inexpérience. On peut constater, enlisant £reor^é Papadakis, un véritable progrès dans le style et la versification, quoique cette tragédie ne soit pas conçue d'une manière assez dramatique pour s'emparer fortement de l'imagination des lecteurs. G. Papadakis , père du directeur de Tobservatoire d'Athènes, était un intrépide chef Cretois, qui, ajanl affranchi une partie de l'île, pouvait d'autant mieux espérer de la délivrer des Musulmans que les montagnards de la Crète ont toujours montré la même passion de l'indépendance que les Maïnotes. Mais l'intervention d'Ibrahim-pacha et de ses troupes régulières fut aussi funeste à la Crète qu'au reste de la Grèce. Papadakis, blessé mortellement dans un combat glorieux, n'a pas été plus heureux que Botzaris;