PARTIE I. — LIVRE III
Mantinée, Axiothée de Phlionte, Héparchie et Léontiurn avaient montré qu'elles n'étaient pas plus incapables de comprendre les hautes spéculations philosophiques que la poésie. La Grèce des premiers temps s'occupait avec ardeur de cultiver l'intelligence de notre sexe. D'autres idées dominèrent plus tard et préparèrent la décadence. Les tableaux d'Aristophane et les tirades d'Euripide contre lès femmes font assez comprendre que le régime de la compression finit par donner aux Grecques les mœurs de la servitude. Des générations élevées par des femmes tremblantes et enfermées ne pouvaient ressembler aux héros des guerres médiques. Quand la culture intellectuelle fut réservée aux courtisanes, le triste rôle laissé à la mère et à l'épouse par les habitudes nouvelles était le symptôme le moins équivoque de l'abaissement des caractères. Lorsque la Grèce secoua le joug des Turcs , elle dut penser à rompre avec les traditions musulmanes. Mais, si l'antique gynécée n'a plus de captives, il s'en faut que la condition de la femme soit en tout conforme à la raison. Pour le paysan, elle est moins une compagne tendrement ménagée qu'une ouvrière qui ne coûte
rien à la famille , et à laquelle on peut laisser les travaux qu'on s'épargne volontiers. Un livre intéressant de M. Jules Simon * montre que, même en Occident, il existe d'innombrables abus de ce genre, surtout dans Finduslrie. En Grèce, on commence à comprendre la nécessité d'associer les femmes, quoique dans une mesure encore trop restreinte , à l'inslruction donnée à tous les citoyens. On n'en restera pas là, il faut Tespérer, dans un royaume où notre sexe n'est pas exclu du trône*. Déjà quelques femmes ont commencé à cultiver les lettres. En 1853^ il n'y avait dans les écoles que 5455 filles , tandis qu'on y trouvait 39,981 garçons ^ En 1857, les écoles publiques étaient fréquentées par 4753 filles et par 30,520 garçons; les écoles privées par 1743 filles et par 4580 garçons*. En 1860 , sur 41 ,193 élèves, on comptait 7278 filles*. L'inslruction étant encore si peu répandue dans notre sexe ,
* L'ouvrière.
*Voy. les art. 8, 11 et l'article supplémentaire du protocole du 7 mai 1832.
* Renseignements statistiques, tabl. D.
^Rapport au roi sur rinstruction publique pendant Tannée scolaire 1855-56 , par M. Christopoulos^ ministre des cultes e de l'instruction publique. Athènes, imprimerie royale, 1857.
^Le Précurseur d'Athènes, 11 juillet 1861.