PARTIE II. — LIVRE I
Cette fertile vallée devait exciter la convoitise de Lacédémone et causer les malheurs des Messéniens. Moins favorisé que l'ouest au point de vue agricole, Test de la péninsule était mieux situé pour le commerce. Cette partie du Péloponése a des côtes plus favorables à la navigation, des golfes et des caps disposés pour des villes commerçantes ; elle est tournée vers l'Attique , vers les îles de la mer Egée et vers le monde oriental, berceau de la civilisation. Aussi l'histoire de la péninsule a-t-elle dans l'antiquité son siège principal dans l'est.
Une terre argileuse, admettant peu de labour, constitue , dans le Péloponèse , les champs destinés aux céréales. Le sol est très-propre à la culture des plantes légumineuses. Certains arbres à fruits réussissent si bien qu'on admirait autrefois les vastes jardins, remplis d'orangers, de cédrats et de limoniers , qui s'étendaient à perte de vue aux environs des principales villes. On comparait ces vergers aux vegas de l'Andalousie. Dans les parties désertes croissent les platanes , les caroubiers , les myrtes , les cyprès , les lentisques , les sapins , les pins maritimes , les lauriers-roses. L'agfwt^ castusy qui pousse le long
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des ruisseaux, fournit Fosier. Le chrysoxyUm (bois-d'or, le rhus coiinus) donne une teinture d'un jaune orangé, et le kermès, qui se nourrit sur le chêne du même nom , Fécarlate. On tire une huile aromatique des baies du daphné, et une autre huile du pistachier.
Cette végétation est bien celle d'un pays où l'eau manque en général. Sauf le nord de TArcadie , où l'on trouve des sources nombreuses et pures, l'eau disparaît dans la saison chaude ou devient trouble en prenant une teinte jaunâtre. Le peu de lacs qu'on rencontre sont sans importance et sans^ beauté. Les forêts ont été ravagées. Cependant on voit de temps en temps des arbres d'une magnificence rare, de souples cypfès, d'immenses platanes, des chênes majestueux, de sombres orangers aux fruits d'or. Dans les montagnes, des débris de forêts ont échappé aux fureurs des barbares et aux troupeaux des chrétiens. Mais là même où n'existent que des buissons, comme ces buissons sont formés par des myrtes et des grenadiers , ils ont une physionomie à part. D'ailleurs les montagnes ont des formes si belles , elles s'élèvent vers le ciel par des lignes si douces et pourtant si nettement