PARTIE II. — LIVRE I
dessinées , les rochers , même les plus arides^, offrent des nuances si remarquables y qu'on n'a pas besoin d'être né dans le Midi pour « adorer la Grèce * » et pour préférer ses splendides paysages aux vertes plaines de la Normandie et de la Belgique ou aux fraîches vallées de la Suisse. Comme toutes les contrées de l'Europe , le Péloponèse a été dès la plus haute antiquité le théâtre de la lutte des races, lutte qui est loin d'être finie dans l'Europe orientale. Les Pélasges , qui ont donné leur nom au groupe le plus cé^ lèbre de la race indo-européenne (Hellènes, Latins, Albanais), ont été les premiers habitants du pays. Au centre de la brûlante péninsule, dans une région couronnée de montagnes et ombragée de forêts , arrosée par les ondes de l'Alphée, du Stymphale, du Ladon, de l'Erymanthe et du Slyx, vraie patrie des divinités champêtres, le mythique Pelasgus bâtit Lycosure sur le mont Lycée. Les races asiatiques et africaines avaient leurs représentants dans l'île de Pélops. Les
* < J'adore la Grèce» (Edmond Âbout, Chronique du Constitutionnel, décembre 1861). — Tout eu maintenant ses objec-. tions contre le gouvernement, l'auteur de la 6rrèce contemporaine déclare qu'il n'a jamais entendu contester les droits et les qualités du peuple hellénique.
342 AGHAÏE ET ÉLIBE.
Phéniciens sont sans cesse attirés sur les côtes par le commerce de la pourpre et du lin. Une tradition , contestée y il est vrai , par la science moderne S fait venir à Argos l'Egyptien Danaûs. Les voyages des étrangers ne pouvaient nuire à la domination des Hellènes héritiers des Pélasges. Mais les Hellènes étaient loin de former un corps compact. Ils étaient divisés en tribus hostiles. LesAchéens, arrivés à une époque inconnue, occupèrent d'abord le premier rang dans la presqu'île. Ils envahirent la Laconie et les meilleures parties de la Messénie et de l'Argolide. A leur tête brilla une race de princes de l'Asie- Mineure, les Pélopides. Mycènes, témoin de tant d'aventures tragiques , était leur cité royale. Agamemnon , « pasteur des peuples ]> , personnifie la plus haute élévation de sa famille et du peuple achéen , qui revit tout entier dans V Iliade et qui donne , à l'époque homérique , son nom à tous les Hellènes. Les Éoliens et les Ioniens n'eurent jamais une pareille importance dans le Péloponèse. Les Éoliens s'étaient établis à Gorinthe et à l'est; les Ioniens sur la côte septentrionale et sur quelques points de l'ouesl. L'invasion des
* Danaiis semble un mythe, personniûcation de Taride Ârgos.