PARTIE II. — LIVRE I
tianisme, depuis saint Justin, philosophe et martyr, jusqu'à cet illustre Photius que M. Renan , dans un article de la Revue des Deux-Mondes, d'ailleurs peu bienveillant pour l'Église orientale , avoue avoir été supérieur à tout ce que l'Église romaine a produit dans la première moitié du moyen âge. Ces docteurs éminents ne se croyaient pas obligés > comme l'auteur du Ver rongeur et ses nombreux disciples , de maudire et Socrate et Platon, ni d'accabler de leurs anathèmes ces vastes intelligences qui, au milieu du paganisme ) ont, sur le théâtre même d'Athènes, prophétisé, comme l'auteur de Prométhée, que le règne des Olympiens ne serait pas éternel, ou annoncé, comme Sophocle, «qu'en réalité il n'y a qu'un Dieu qui a fait le ciel, la terre et la mer azurée *. » La Grèce philosophique a eu une part si considérable dans le triomphe du christianisme , que des historiens prévenus peuvent seuls attribuer exclusivement à l'influence de la race sémitique la civilisation qui a changé la face de l'Europe. Sans doute, Jésus-Christ est né parmi les enfants de Sem ; mais tous les propagateurs influents du christianisme ,
* Fragment de Sophocle, cité par Eusèbe.
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ceux qui en ont saisi l'esprit universel , et qui l'ont défendu contre la tendance étroite du judéochristianisme ^ y ne sont-ils pas des disciples de la Grèce? N'était-il pas un Hébreu hellénisé ce protomartyr Stéphanos (Etienne) , c plein de foi et de force » , disent les Actes , qui le premier rompit résolument avec la Synagogue? Saint Paul , qui a converti le monde gréco-romain * , n'est-il pas un élève de la science hellénique et ne cite-t-il pas leurs poètes aux Athéniens ? L'auteur du quatrième Évangile , cet Évangile c écrit, selon Herder, par la main d'un ange, » n'avaitil pas écouté , avec une profonde attention , les discussions des Académiciens sur le Aoyo<: divin , et n'est-il pas tout plein de ces formules platoniciennes ' , qu'on trouve déjà dans Philon * , écrivain antérieur à la prédication chrétienne? Sémitique dans son point de départ , le christianisme s'est subitement hellénisé. Voilà pourquoi il a été accepté si aisément par les Justin , les
* Voy. Dr Baur, Dos Christentkum und die christUche Kirche, etc. Tûbingen 1853.
'Dr Baur, Paulus der Apostel J, Ch. Stuttgart 1845. ' Le Dr Bretschneider Ta constaté dans les Probabilia.
* Voy. H. Ritter, Geschichte der Philosophie. Hambourg 1829-