‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 18 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE I

contemplant les ruines lointaines , à deviner la place des plaines glorieuses de Platée. Pour nous Orientaux , certaines traditions nous passionnent autant que Thistoire contemporaine. La barbarie asiatique n'a plus le secret d'occuper les imaginations de rOccident. Les Arabes ont depuis longtemps abandonné la Sicile et l'Espagne ; les côtes de l'Italie ne sont plus menacées par les pirates de l'Algérie. Depuis la victoire de Lépante le nom des Turcs n'éveille aucune impression de terreur à Livourne ou à Venise. Mais pour nous, il n'en est pas ainsi. Les barbares sont sur la rive droite du Danube ; ils sont à Roulchouk; ils sont à Andrinople; ils souillent de leur présence la tombe de Scanderbeg et l'Haghia-Sophia de Gonstantinople ! Aussi en allant à Platée , en visitant ISalamine , en retrouvant les traces des rois de Macédoine, nous songeons au présent encore plus qu'au passé. Nous rêvons de nouveaux triomphes sur l'Asie ; nous demandons au ciel un Thémistocle ou un Alexandre, enfin nous voulons revivre comme revit aujourd'hui cette Italie qui a brisé la pierre de son sépulcre au cri de fiiori i barbari I Il était trois heures et demie du matin lorsque I «

j'entrai à Thèbes, chef-lieu de Téparchie du même nom. J'y fus reçue par Téparque , M. Goutzonîcas, Souliote du phar (clan) des Goutzonicas , et parent du héros de Souli, Marcos Botzaris, à la mort duquel il avait assisté. L'éparque n'était pas seulement un parent et un admirateur du moderne Épaminondas , il a lui-même pris une part active à la guerre de l'indépendance. Comme tous les anciens militaires, il se préoccupait singulièrement des grands événements qui se préparent dans la péninsule orientale. Son attitude martiale, sa tête haute, son regard résolu, la manière dont il portait sa large foustanelle, tout faisait comprendre qu'il y jouerait, au besoin, un rôle digne de son énergie et de sa famille. Mais il comprenait très-bien qu'au temps où nous vivons là cause des Orientaux ne doit pas seulement être défendue par Tépée. Aussi me parla-t-il d'une manière touchante des services qu'il croyait que j'avais rendus à cette cause : ( Deux chosiss, me dit-il, sont nécessaires à son triomphe : la bienveillance du puissant Occident et l'union des Orientaux. La bienveillance de l'Occident ne peut être conquise que par des écrivains assez au courant des idées ^ des mœurs

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