‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 181 sur 284 · PARTIE II. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE I

roses. On traverse plusieurs cours d'eau, le Mélichius, le Gharadrus, le Sélemnus, en longeant la côte d'Achaïe, où autrefois des villes populeuses, entourées de sept ou huit dèmes, formaient les douze États de la confédération achéenne. A Panormus, on est si près de la rive de la mer, couverte de touffes d'hysope, que le flot bondit sur le pied des chevaux et les couvre d'une écume frémissante. La vue qu'on a de la côte est d'une beauté vraiment exceptionnelle. On aperçoit , en regardant vers la Grèce conti-

nentale, les roches Phédriades et les pentes du Parnasse, la chaîne azurée de l'Hélicon et du Githéron ; lorsqu'on tourne les yeux vers les côtes du Péloponèse, le regard s'étend jusqu'aux montagnes de la Sycionie qui se rattachent aux pentes du mont Crathis. Ici la mer, les montagnes et les arbres composent, sous un ciel radieux, un de ces ensembles harmonieux qu'on trouverait difficilement sur une terre moins favorisée. Le murmure solennel des ondes plonge l'âme dans une rêverie sans fin. A Psatopyrgos , où je m'arrêtai vers dix heures, je m'abandonnai sans contrainte à la douce impression produite par ces beaux lieux. D'énormes platanes formaient

au bord de la mer une enceinte entourée de myrtes, de lauriers et de grenadiers qu'unissaient des chaînes de convolvultis. En coupant quelques branches, les chorophylaques placèrent un lapis dans celte enceinte impénétrable aux rayons du soleil. Là, je déjeunai avec les provisions apportées de Palras, tout en écoutant le chant des oiseaux et le bruit des flots du golfe. D'énormes tortues (testvdo marginata) ovales-oblongues, dont les lames marginales offrent deux taches triangulaires , l'une jaune et l'autre noire, glissaient de temps en temps leur tête à travers la verdure et me contemplaient d'un œil étonné , mais sans épouvante , n'ayant pas en Grèce l'habitude de craindre les chasseurs. Le nouvel agoghiate, qui avait remplacé à Palras le c descendant d'Épaminondas » , avait une physionomie aussi placide que ces tortues , dont l'espèce s'est fort multipliée dans le Péloponèse. Sa figure, pareille à celle d'un mouton, ses cheveux d'un blond roux, surmontés d'un fess rouge, ses exhortations conciliantes à son cheval , tout chez lui représentait l'esprit pacifique arrivé à son degré le plus élevé. Grâce à sa lenteur, je n'arrivai qu'à dix heures du soir à iËgium. A

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