‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 182 sur 284 · PARTIE II. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE I

rapproche des ténèbres, j'avais remarqué la flamme d'une forêt que des pâtres brûlaient dans la montagne. J'oubliai un moment les conséquences de cette déplorable habitude , pour examiner cette fumée qui flottait au gré des vents sur le flanc des monts , comme le sombre panache de ces chevaliers-fantômes qu'afiectionnent les ballades germaniques.

iEgium est construite entre deux promontoires sur un plateau à pic dominant la plage étroite qui le sépare de la mer. La température est variable comme les flots du golfe orageux qui baigne la côte. Mais on jouit d'une vue admirable sur les montagnes de la Phocide et de la Béotie. Cette belle situation n'avait pas seule contribué à donner à iEgium de l'importance dans l'antiquité. Ses souvenirs et ses monuments en firent longtemps une des villes les plus renommées de la Grèce. C'est là que le « pasteur des peuples » Agamemnon réunit les chefs de la Grèce pour venger l'injure faite aux Hellènes, par un fils de l'Asie efféminée, ce Paris plus ou moins mythique, dont le caractère, pareil à celui de l'Atys phrygien et de l'Adonis syro-phénicien , amants des déesses de la production , exprime trop bien

les éternelles tendances du monde asiatique. Depuis cette guerre, Timportance d'iEgiura alla toujours croissant. C'est là que se réunissaient les députés de la Confédération achéenne. Philopœmen n'approuva jamais Thabilude de les rassembler toujours dans la même ville; parce qu'il pensait avec raison que des cités telles que Sparte ne parviendraient jamais à considérer un port situé à une extrémité du Péloponèse comme le centre de la ligue. Lorsque Pausanias vint en Achaïe , la domination romaine y était complètement établie. Des édifices qu'il a décrits, il ne reste que des ruines, par exemple quelques débris des anciens murs. Les barbares et le temps ont tout fait. En vain le général achéen, Théodore, avait battu les Goths qui se préparaient à ravager la Grèce (377) ; d'autres Germains envahirent le Péloponèse avec Alaric, puis vinrent les Slaves. Les Turcs, derniers venus, détruisirent iGgiura au seizième siècle. A la fin du dix-huitième , l'archevêque de Patras , Parthénios , relevait dans ses murs l'étendard de la croix. L'insurrection ayant échoué , les Albanais mahométans ravagèrent impitoyablement le Péloponèse. Dans l'espace de neuf ans, 20,000

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