‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 184 sur 284 · PARTIE II. — LIVRE l · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE l

dans les Sporades , dans les Cyclades , à Hydra , àSpetzia, les insulaires s'administraient d'après leurs coutumes, bâtissaient des églises et des monastères, sonnaient les cloches, et jouissaient d'une condition qui ressemblait beaucoup plus à celle des Roumains du Danube ou des phars albanais qu'à la situation des Péloponésiens.

Il est aisé de comprendre, grâce à ces distinctions, les différences profondes que l'on constate, dès le début de la guerre de l'indépendance, dans la conduite des primats des diverses contrées de la Grèce. Les uns, en rapports constants avec les conquérants asiatiques, avaient contracté une partie des vices de leurs maîtres. Instruments souvent trop dociles de la tyrannie étrangère, ils étaient dans quelques endroits plus détestés que les Turcs eux-mêmes, et les klephtes se faisaient un honneur, — les chants populaires l'attestent* , — de leur faire sentir le poids des ressentiments de la foule. Fatigués de voir leurs familles et leurs richesses sans cesse

* Voy. le D' T. Kind, Neugriechiscke Volkslieder. Leipzig 184.9 ; Fauriel, Chants populaires de la Grèce moderne; Marcellus, Chants populaires de la Grèce , 1851.

376 ÀGHAÏE ET ÉLIDE.

menacées par des maitres débauchés et cupides, les primats s'étaient , il est vrai, décidés à prendre parti pour l'insurrection; mais avec l'arrière-pensée de l'exploiter à leur profit. Cet esprit de calcul irritait les Occidentaux qui en constataient les inconvénients. cCes hommes, dit avec la rudesse saxonne , un philhelléne anglais de cette époque, accoutumés à toutes sortes de basses intrigues, de fraudes, d'exactions même pour s'enrichir aux dépens des classes pauvres , ne se trouvèrent capables ni d'abandonner les errements qu'ils avaient longtemps suivis, ni de se dépouiller de leurs ignobles habitudes, encore moins se sentaient-ils la force de s'élever d'eux-mêmes au niveau des événements ^» Un écrivain français, qui visitait la Grèce à cette époque, peignait ainsi Londos: aLondos est d'une taille peu élevée, et ne se fait pas remarquer par une grande capacité ; mais il est fier, ambitieux, plein de lui-même; attaché à son sentiment, il se croirait déshonoré s'il demandait ou suivait un conseil; et s'il était à la

* Edward Blaquîères , Histoire de la révolution de Grèce. — Un autre philhelléne anglais, Gordon, Histoire de la révolution de Grèce y est encore plus dur.

Page 1