PARTIE II. — LIVRE I
couvent fameux. Un monument assez curieux de ces temps de ti^oubles est un vieux platane qu'on me fit remarquer , à iËgium même , au bord de la mer, et qui cacha quinze Grecs dans son vaste tronc creusé par les années ; il n'a pas moins de treize mètres de circonférence. Ses branches dépouillées, qui s'élèvent vers le ciel comme les bras d'un squelette, abritent une fontaine dont les eaux s'échappent d'un mur antique par quatorze robinets. J'allai voir également, dans la maison de M. Aristide George , où je retrouvai les autorités, des statues antiques découvertes il y a quelques années. L'une de ces statues était un Apollon revêtu d'une légère chlamyde, appuyé sur un tronc d'arbre et qui tenait probablement une lyre. Revenu d'un combat et déjà en possession de l'auguste sérénilé des Olympiens, le fils de Latone prend la lyre, symbole de pai?het d'inspiration. Le style de cet Apollon indique^^ne belle époque. La tête , qu'on dit être celle d'Antinous, est magnifique. Ce favori d'Adrien avait, en effet, comme celte statue, le front bas et cette lèvre inférieure épaisse qu'on retrouve encore chez les jeunes garçons de Broussa en Bithynie , patrie de la honteuse
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divinité qu'un caprice de la Rome impériale transporta dans l'Olympe. Suétone, dans les Césars^ rapporte que, sauf Claude, les quinze premiers empereurs n'avaient pas des mœurs moins extraordinaires que l'empereur Adrien. Le despotisme corrompait les maîtres encore plus que les esclaves. — Une tête de femme romaine pouvait être rapportée au siècle des Antonins , ce siècle d'or des Césars, qui ne fut pas scandalisé de la déification d'un Antinoiis ! Napoléon I^^* accusait Tacite d'exagération et de € rancunes aristocratiques.» Mais quelles exagérations pourraient provoquer les mêmes réflexions que le culte du favori d'Adrien? La faveur des c mignons» de Henri III ne nous en apprend-elle pas plus long sur la cour très-catholique des Valois que tous les pamphlets des protestants du seizième siècle? En présence de tels actes , je n'ai aucun besoin de lire Tacite ou d'Aubigné poui* apprécier deux époques où la décadence de la rSigion et des caractères avait produit des résultats analogues. Le temps est venu où les faits prendront dans l'histoire la place des appréciations des sectes. On a beau nous dire sur tous les tons que Louis IX était un véritable saint. Ce saint persécuta d'une