‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 189 sur 284 · PARTIE n. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE n. — LIVRE I

vent est bâti au-dessus du ravin profond où coule la rivière^ et appuyé aux flancs de la montagne. D'énormes cyprès, qui dressent vers le ciel leur sombre pyramide , précèdent un vaste carré entouré de murailles. Le côté gauche de ces murs, qui est le plus élevé, est percé extérieurement de deux rangs de fenêtres. Bâti depuis quatre siècles et demi , le monastère a Taspect d'une citadelle. Les précautions prises pour sa défense n'étaient pas inutiles ; car il a eu beaucoup à souffrir à l'époque de l'insurrection du Péioponèse, au dernier siècle. A ma gauche, j'apercevais l'ancien couvent byzantin du neuvième siècle, «itué dans une position bien plus élevée. Après avoir traversé les jardins, où je cueillis des lauriers parfumés dont j'ornai mon chapeau, j*arrivai à la porte du monastère où m'attendaient douze moines dans leur costume des jours de fêtes. Ils me menèrent à l'église, puis ils me conduisirent à un appartement où l'on me présenta de bon café et d'excellentes confitures aux roses , apportées du Mont-Athos. Les religieux vinrent s'asseoir à côté de moi sur le sopha pour me dire combien ils se trouvaient heureux de recevoir une dame russe dans leur I 2î

maison. Lorsque nous nous trouvâmes seuls , ils m'exprimèrent avec franchise leur opinion sur les affaires de la Grèce. Ils ne se plaignaient pas du roi y quoiqu'il appartienne à TÉglise romaine. Mais ils pensaient que la constitution de 1843, en assurant la direction des affaires à des € professeurs», à des gens d'une orthodoxie équivoque et peu favorables, selon eux, aux droits des souverains, rendait impossible toute mesure favorable à la religion. Ils opposaient volontiers à ce régime la situation de la Russie sous l'empereur Nicolas. Je remarquai ici, ce que j'ai pu constater bien des fois en Occident , dans la Suisse catholique, en Belgique, en Itah'e, etc. : les moines ont une invincible antipathie pour l'enseignement laïque. Les professeurs d'Athènes inspiraient aux caloyers des Taxiarques la même répugnance que l'Université de Gand inspire aux innombrables couvents de cette cité. Cependant le nom d'un membre célèbre du clergé leur était plus odieux que celui d'aucun professeur. Un des élèves de Caïris s'étant introduit dans le monastère , en fut expulsé à coups de bâton , procédé médiocrement évangélique.

Avant de venir en Grèce , je connaissais su-

Page 1