PARTIE II. — LIVRE T
aise le paysage et Tappartemenl que j'occupais.
Ma chambre était une salle carrée, assez vaste, et éclairée par cinq étroites fenêtres , sous lesquelles régnait un long sopha. Le plafond était en bois sculpté. Le mur était revêtu d'une boiserie, interrompue par des armoires et des tiroirs. En face du sopha, deux coffres s'appuyaient à la muraille. En mettant la tête à une fenêtre, je voyais, à droite, l'ancien monastère adossé aux flancs arides de la montagne. Les débris des murs étaient couverts de plantes grimpantes. Au-dessous de moi étaient étages les jardins cultivés par les caloyers , où des sources d'eau vive baignaient le tronc des grenadiers et des orangers. Je n'apercevais pas l'église à coupole basse, située au milieu de la cour. Tout près est le clocher, tour carrée un peu plus élevée que l'église. A Sainte-Marie-des-Fleurs de Florence, le campanile est également séparé du dwmo. Les quatre faces du mur d'enceinte sont occupées par deux rangs de cellules dont les portes s'ouvrent sur une galerie en bois. Mais comme de cette galerie on ne voit que l'intérieur de la cour , les moines vont faire le kef
(far-niente oriental) sur une terrasse, ombragée par des vignes et par deux platanes , qui est à côté de la grande porte du couvent. De là la vue est admirable. On aperçoit en face, au-desous du profond ravin, bâti sur des rochers, le couvent des nonnes de Pépélénitza. Pépélénitza jouit toujours de la splendeur du soleil , tandis que les Taxiarques en sont privés pendant deux mois de Tannée. Les religieuses étant alors aux environs d'iEgium , où elles possèdent de nombreuses vignes de raisin de Corinthe , je dus renoncer à visiter Pépélénitza. D'ailleurs j'avais vu dans l'Europe orientale des couvents de femmes bien plus importants*, tels que Varatik, HatkofT, etc. Lorsque je quittai ma fenêtre, j'examinai deux gravures qui ornaient ma chambre. L'une représentait Rhigas-le-Libérateur, et l'autre Pharmakidis. Les moines ne pouvaient mieux choisir les personnages dont la mémoire doit être chère à tous les Hellènes. Rhigas-Ie-Libérateur, victime comme Grégoire III Ghika, comme A. Hypsilantis, comme le dernier prince de Moldavie Grégoire IV Ghika* et tant d'autres, de l'absolu-
* Voy. la Vie monastique dans l'Église orientale y 2« édit.
* Gomme il avait sans cesse contrarié les vues absolutistes