PARTIE I. — LIVRE I
nique, abondante et même excessive. Trouvant assez de ressources dans l'agriculture pour préférer la vie sédentaire au commerce et aux voyages, il parut à ses spirituels et éloquents voisins taciturne et dénué de compréhension. Telle est à peu prés l'idée qu'un Parisien ou un Marseillais se fait d'un cultivateur anglais. Il est vrai qu'on chercherait aussi vainement en Angleterre un Voltaire ou un La Fontaine qu'on eût cherché à Thèbes un Aristophane. Aurait-on le droit d'en conclure que la Grande-Bretagne n'a que des esprits lourds ? De même que les Anglais, endurcis par une longue lutte contre le climat et contre la mer, ont mérité (notamment dans la dernière insurrection des Indes) d'être accusés de violences outrées , ainsi les Béotiens , lorsqu'ils étaient blessés dans leur orgueil ou dans leurs intérêts, devenaient insensibles aux conseils de la modération. Ce ne sont pas les barbares, mais les Thébains qui ont détruit Thespies et surpris cette Platée que les glorieux souvenirs de Marathon et de la défaite de Mardonius auraient dû rendre inviolable. La raideur, la rudesse, le culte de l'or, le luxe grossier des festins qu'on reproche aux habitants de la Grande-
Bretagne , étaient aussi des défauts communs en Béotie. Mais un Hellène différera toujours profondément d'un Anglo-Saxon. Les compatriotes d'Amphion aimaient la musique et la cultivaient avec succès. L'austère Épaminondas lui-même avait un goût très-vif pour cet art. Il jouait de la harpe et de laflûte, et chantaiten s'accompagnant. Les femmes qui étaient blondes et charmantes , prenaient — quoiqu'elles fussent obligées de porter le voile comme les Turques de nos jours — une part si active à la vie intellectuelle que Pindare fut formé par les leçons de Myrlis et qu'il trouva dans la belle Corinne de Tanagra une émule assez populaire pour enlever plusieurs fois à ce sublime génie la couronne de la poésie. Les tendances helléniques étaient encore plus prononcées dans la vie politique. Les luttes sociales, ce fléau de la Grèce, déchiraient Thèbes. Les chefs des cinq plus nobles maisons thébaines étaient fiers d'être nés des dents du dragon semées par Cadmus quand il eut tué ce gardien de la fontaine Arcios. Les aristocrates favorables aux Lacédémoniens et les démocrates alliés d'Athènes, se disputaient le pouvoir. En outre, les domiciliés ou habitants n'avaient pas les