‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 21 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE l · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE l

droits dont jouissaient les citoyens ou bourgeois. Quant aux esclaves, personne, pas plus les partisans de la démocratie que les soutiens de l'aristocratie, ne leur en reconnaissait le moindre droit. Aussi les démocraties antiques , pareilles aux États méridionaux de la grande république américaine , étaient-elles de véritables aristocraties, qui ne différaient des oligarchies que par des tendances moins exclusives. Les cités ne s'entendaient pas mieux que les classes. Thèbes — quoiqu'elle fût la tête de la confédération béotienne— Thèbes n'exerçait pas en Béotie, comme Athènes dans l'Attique, un pouvoir incontesté. La rudesse thébaine triomphait de ces oppositions par la violence, ainsi que l'attestent le sort de Thespies et de Platée. Cette rude cité avait exprimé ses tendances par sa prédilection pour son héros national , Héraclès (Hercule) , dont le mythe, d'origine dorienne, reçut à Thèbes le plus grand développement. Le premier des héros est un type de persévérance, d'énergie et de vigueur musculaire , plutôt qu'un modèle d'inlel- Mgence et de délicatesse. Il suffit pour s'en convaincre de jeter, au musée de Naples, un coup d'œil sur le chef-d'œuvre de Glycon , sur l'her-

cule Farnèse. Le fils d'ÂIcmène est essentiellement Thébain, comme Athénée est l'idéal du génie artistique et de la vie intellectuelle de l'Attique. Primitivement , le mythe d'Hercule avait un sens physique. L'étymologie du nom d'Héraclès (gloire de Héra) ; ses rapports constants avec la déesse de l'air , épouse de Zeus *■ ; son combat avec l'hydre de Lerne , emblème de l'eau, nous montrent en lui non un être humain , mais une personnification de l'air , qui , en purifiant les eaux , assure aux hommes la santé et la force. Les religions indo-européennes nous présentent souvent le naturalisme originel cédant ainsi la place à des types héroïques pareils à certaines manifestations de Vichnou. Mais, grâce à l'influence des poètes , ces populaires théologiens qui transforment sans cesse les croyances de la multitude — J. Gœrres lui-même n'a-t-il pas écrit François (T Assise troubadour? — le vainqueur du féroce Busiris devint l'idéal de la perfection humaine^ telle que la comprenait l'âge héroïque de la Grèce , un de ces redresseurs des torts qui excitèrent

* Le Jupiter des Latins ; mais les dieux des Latins n*ont pas seulement d'autres noms , ils ont souvent d'autres attributs. U est donc impossible de confondre des choses très -différentes.

plus lard Tadmiration du moyen âge et parmi lesquels les romanciers espagnols plaçaient ainsi que Don Quichotte Alexandre le Macédonien. Le peuple, sans tenir compte du mouvement religieux antérieur au christianisme qui , rendant au mythe agrandi son sens naturaliste, confondit Héraclès avec les dieux solaires de TÉgypte et de TAsie , conserva un fidèle souvenir au héros dont l'existence n'avait été qu'une longue et douloureuse épreuve supportée dans l'intérêt des opprimés , et dont l'entrée dans le Tartare , comme celle du Christ dans les Limbes , avait frappé d'épouvante les divinités infernales. Aussi, sans en faire un type du Christ comme certains commentateurs modernes du Promélhée d'Eschyle , refusa-t-il de le considérer comme un démon. Offerus qui lui succède est Chananéen , l'Hercule phénicien , Melcart ayant été souvent identifié avec l'Héraclès des Hellènes. La Légende dorée le gratifie d'une taille de douze coudées , et Pierre de Natalibus d'un visage de douze pieds. Il était au service d'un roi. Le brave géant, voyant que ce prince avait peur du diable et ne voulant obéir qu'aux puissants, alla se mettre aux ordres de Satan. Mais comme l'archange déchu tremblait devant

la croix^ Oiferus le trouvant aussi méprisable que le roi , suivit le conseil d'un ermite , qui l'engageait à se placer sur le bord d'un torrent afin de porter sur son dos les voyageurs obligés de le passer. Une nuit , un enfant ayant réclamé ses bons offices, il resta au milieu des eaux comme accablé d'un poids insupportable et fut forcé de s'appuyer sur son énorme bâton: « Christophore ! Christophore I dit l'enfant, — c'est le nom que tu as mérité, — ne t'afflige point de n'avoir pu porter le monde et celui qui l'a fait ! » Un tableau d'Albert Durer a reproduit cette scène dont l'origine est essentiellement orientale , puisqu'elle n'est qu'une reproduction de l'histoire du rédempteur Vichnou , changé en nain, etdugéantBali. Christophore ou Christophe subitement éclairé, planta son bâton dans le sol pour obéir à l'enfant Jésus, et comme la massue d'Hercule qui, au dire de Pausanias, devint un bel olivier, le bâton devint un arbre. Le saint conserva Je caractère secourable du héros qu'on surnommait « Sauveur » et Alexicacos (qui éloigne les maux). Il préserve ceux qui l'invoquent d'une mort subite et malheureuse, et il suffit de regarder sa statue pour recouvrer la force et la

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