‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 200 sur 284 · PARTIE II. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE I

qu'ils cultivent eux-mêmes. Le régime est moins austère qu'autrefois, puisque Tusage de la viande est toléré le samedi, le dimanche et le mardi. Le

gouvernement est loin d'être absolu , l'igouménos étant assisté d'un conseil. Outre l'igouménos et ses quatre conseillers , il y a un skévophylax (trésorier), trois kdlarii (celleriers) , un pour le vin , l'autre pour l'huile , le fromage et les olives , et le troisième pour le pain; enfin, un ecdisiarkhis (sacristain), qui est chargé du soin de l'église. L'igouménos a pour supérieurs l'évêque de Calavryla et le Saint-Synode de l'Église hellénique résidant à Athènes. Les fautes des moines doivent être rapportées à l'évêque, et elles sont punies par le jeûne, la réclusion dans le couvent ou dans une succursale, l'expulsion et l'exil au monastère du Mont-Sinaï*. Mais l'exil est une peine grave, qui ne peut être infligée que par le Saint- Synode. Autrefois il fallait le consentement de la ce grande Église » (Constantinople) .

On dit que la règle est assez bien observée aux Taxiarques pour que des mesures rigou-

*M. L. de Ségur (Revue des Deux-Mondes du !•' octobre 1861) a constaté que le Sinaï sert de maison de correction aux eouveots gérées.

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reuses soient rarement nécessaires. Cette r^le dispose ainsi l'emploi du temps : orthos (lever) à trois heures, et dans les fêtes à deux et demie; lithourghia (messe) à six heures ; orai (heures) à dix; hespérinos (vêpres) à cinq; apodipnon (com plies) à sept.

Les revenus du couvent, qui consistent en terres situées en Grèce , lui permettent d'entretenir des boursiers à l'Université d'Athènes et d'envoyer cinq étudiants en théologie dans deux des plus célèbres Universités de l'Allemagne, Leipzig (protestante) et Freiburg-en-Brisgau (mixte). On attribue ces excellentes habitudes à l'influence que Pharmakidis exerçait sur ce couvent. En outre^ deux professeurs dirigent une école qui correspond aux écoles helléniques et qui compte 40 élèves. On s'étonne de ce qu'en Grèce cette manière d'agir des Taxiarques ne soit pas générale dans le clergé. Je n'ai vu d'écoles ni à Hosios-Loukas, ni au Mégaspiléon, etc. Quand même on verrait des inconvénients , -^ inconvénients que je ne veux pas atténuer, quoiqu'ils soient beaucoup moindres en Orient qu'en Occident, où les ordres religieux dépendent d'un souverain étranger et jugé infaillible, — à confier à

des moines l'éducation de la jeunesse, cet inconvénient n'existe point pour les prêtres qui dirigent les paroisses. La multiplicité des fonctions ecclésiastiques est la principale objection à cette réforme. Hais d'abord on finira par faire dans l'Église orientale ce qu'on a fait avec tant de succès dans l'Église gallicane sous Napoléon Ie^^ Il y avait au moyen âge une infinité de jours fériés , ce qui nuisait au travail et ruinait l'ouvrier. On a réduit à cinq (Noël, Ascension , Pentecôte, Assomption , Toussaint) toutes les fêtes qui ne tombent pas le dimanche. C'est ainsi qu'on a regagné pour l'agriculture et le commerce des bras qui passaient une partie de l'année dans une oisiveté aussi funeste aux individus qu'aux nations. J'ajouterai que le prêtre, devenu instituteur communal , pourrait très-bien renvoyer au dimanche les baptêmes et les mariages, cérémonies qui n'ont rien d'inconciliable avec la joie de ce jour. Quant aux enterrements , ils sont assez rares dans un village pour ne pas entrer en ligne de compte. Enfin, beaucoup de complications du culte pourraient être simplifiées avec avantage. Aucune nécessité n'oblige de bénir chaque mois les mai-

* Loi du 24 germinal an X.

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sons. En Toscane y où l'on est fort dévot, on les bénit une fois par an , et en France on ne les bénit jamais. Il serait plus essentiel que le clei^é orthodoxe s'attachât à jeter dans les jeunes âmes les semences fécondes de la charité, du patriotisme, de l'abnégation chrétiennes, et qu'il dépensât en cérémonies moins de temps. Au moyen âge , les rites jouaient le principal rôle dans la vie religieuse , en impressionnant fortement la nsuve imagination des barbares. L'esprit évangélique est aujourd'hui regardé avec raison comme la chose fondamentale. A mesure que les générations s'élèveront à une conception plus pure du christianisme, on attachera plus de prix au développement de la vie intérieure.

Je dois citer encore une preuve des tendances scientifiques des Taxiarques. Leur bibliothèque est mieux tenue que dans d'autres couvents, quoiqu'elle manque de catalogue. Elle est ren* fermée dans des armoires et placée dans l'ancienne trapetzaK Cette pièce , ainsi que l'indique son nom (table pour le dîner) , servait de réfectoire lorsque les caloyers suivaient la règle com-

* Pièce longue avec abside au fond sur laquelle on peint ordinairement la Pairaghia.

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