‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 204 sur 284 · PARTIE II. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE I

ghîa du Mégaspiléon pour se convaincre qu'elle n'est point en bois.

Cette visite achevée , je remontai à cheval pour continuer ma route dans la direction du sudouest par d'inextricables sentiers suspendus sur des abîmes. Après avoir dépassé Zachlorou, situé dans une position singulièrement pittoresque , j'arrivai à une heure et demie au monastère célèbre du Mégaspiléon.

A peine m'eut-on aperçue que l'air retentit du son des cloches qui saluaient mon arrivée. A mesure que j'approchais, le son devenait de plus en plus grave. Les caloyers , rangés sur plusieurs rangs, m'attendaient à l'entrée du couvent. Un vieux religieux, à barbe et à cheveux blancs , chargé de me recevoir, était à leur tète. Les galeries, surtout celles du premier étage, où sont les cloches, étaient remplies de moines qui me cherchaient du regard. Tandis que leur attention s'arrêtait un moment sur les chorophylaques , placés en tête de la caravane , je descendis lestement de cheval et je m'avançai vers les religieux qui venaient au devant de moi. Ils me conduisirent à l'église , où se tenait à la porte un de leurs confrères en habits sacerdo-

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taux , avec les diacres , TÉvangile et les cierges allumés. Lorsque nous fûmes entrés, on entonna des prières pour moi , puis on me montra, dans l'angle droit de l'iconostase , la miraculeuse Panaghia. Après celte cérémonie, on me mena, par des escaliers de bois, dans une salle où m'attendaient le cathigouménos (abbé actuel) et un groupe de moines, le dikœos (justicier), les proïgouménos (anciens abbés) et les sénateurs *. On m'offrit du café et des confitures, et la conversation s'engagea. L'igouménos voyant que mes yeux se portaient sur un tableau de chiffres , me dit qu'on calculait les heures d'après l'usage oriental, et qu'il regarderait comme une fâcheuse innovation l'introduction des montres. En général, ce religieux se montrait opposé aux innovations. Il se plaignit de l'esprit du temps, et il ajoutait qu'il faudrait désespérer de tout s'il n'y avait pas , plutôt en dehors de la Grèce que dans le royaume , des orthodoxes décidés à résister à la passion des nouveautés. Presque partout les moines grecs m'ont paru se faire de grandes illusions sur l'état des esprits chez les

* Le conseil de rigouménos portant autrefois le nom de sénat, on nomme encore souvent ses conseiUers «sénateurs».

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