PARTIE II. — LIVRE I. 4f
blait le croire cantonné en Grèce , citait comme une preuve décisive de ce mauvais esprit du siècle les plaintes perpétuelles des pèlerins, (c Je crains, dit-il, que le dîner qu'on vous prépare ne soit guère digtie de vous. Je vous avouerai que nous ne savons plus ce que nous devons faire pour éviter de déplaire aux personnes qui nous visitent. Si nous les traitons simplement , on nous reproche notre avarice. Si nous leur donnons un bon repas, on nous accuse de vivre en princes. Même embarras pour le costume. Trop de modestie est considérée comme de l'incurie, un plus grand soin passe pour de la coquetterie. Enfin, dans ce temps de liberté, seuls nous ne jouissons pas des avantages que tout le monde réclame. » Je m'empressai de rassurer l'infortuné caloyer en lui répétant avec un sourire qu'il pouvait compter sur ma tolérance complète en matière de cuisine ... et même de costume , ajoutai-je , en jetant un regard tout à fait philosophique sur les traces de poussière que portait encore le mien. Après le séjour que je venais de faire à Plataniotissa, j'étais tellement disposée à une indulgence illimitée sur la question de l'hospitalité, que l'igouraénos , rassuré par mon accent I 2*
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de sincérité , me quitta pour me laisser quelques moments de repos, en ayant Tairde penser que je n'étais pas trop esclave de la manie satirique qu'il reprochait aux pèlerins de nos jours. L'appartement où je restais seule était une salle carrée, éclairée par trois fenêtres, sous lesquelles était placé le sopha que j'occupais. Vis-à-vis était un autre sopha , à ma droite une cheminée, à ma gauche une porte et des armoires. Dans un angle, du même côté, et tout à fait sous le plafond^, une petite armoire, devant laquelle était suspendue une lampe en argent contenant les images , dont la plus grande était celle de la Panaghia, vêtue de rouge. Le plafon^ était en bois sculpté , et avait comme le reste dë^ la chambre un air antique. Devant moi, audessous de deux fausses fenêtres , on lisait des inscriptions grecques. A côté du tableau des heures était suspendu le portrait de Constantin Iconomos, le célèbre historien du monastère. Une grande barbe blanche entourait son visage. Ses traits étaient beaux , quoiqu'il y eût un peu de dureté dans le regard. 11 était revêtu de ses ornements sacerdotaux et coiffé du camilachif sur lequel brillait la croix grecque. Il portait