PARTIE II. — LIVRE I
deux archevêques, quatre-vingts évêques ou exarques furent sacrifiés à la fureur des Musulmans. Iconomos avait pu se réfugier à Odessa , où le capitaine d'un navire de Céphalonie apporta le corps du patriarche, qu'il avait trouvé dans les flots. Alexandre I^r lui fit faire de magnifiques funérailles au mois de juin 1821 , et l'ancien prédicateur du trône œcuménique prononça sur sa tombe une oraison funèbre que les Hellènes considèrent comme un des plus beaux morceaux de leur littérature moderne.
A l'avènement du roi Olhon, Iconomos quitla Pétersbourg pour se fixer à Athènes, où il est mort en 1857.
Il faut distinguer deux hommes dans Iconomos : un philologue et un théologien. Le premier est aussi tranchant que le second est timide. Malgré la grave autorité d'Érasme, le philologue n'a pas hésité à soutenir par d'excellentes raisons, mais avec le ton hargneux des érudits du seizième siècle , que la manière de prononcer le grec reçue en Occident ne peut être défendue par aucun érudit digne de ce nom * , et qu'il faut
* Voy. le 8oHde traité Z?e te vraie prononciation de la langue grecque. Athènes 1830.
4S6 AGHÂÏ£ ET ÉLIDE.
préférer la prononcialion des Hellènes. Le théologien s'élève avec autant de colère que Bossue* anathématisant Richard Simon contre le docte archimandrite Yamvas, parce qu'il s'avise, en traduisant l'Ancien Testament en grec moderne, de consulter le texte hébreu ! Iconomos voit là un manque de respect pour la version des Septante , dont il parle avec la même superstition que les Romains de leur Vulgate * . En somme, l'auteur de V Elégie sur la mort d'Alexandre I^^f, prédicateur* , professeur distingué', linguiste d'un savoir incontestable , se montra dans l'ordre des idées , aussi fidèle aux traditions du moyen âge que « si la révolution française n'avait pas , — comme le disait lui-même le vieux Colocotronis, — ouvert les yeux au monde. »
En attendant le retour des moines , je jetai un coup d'œil sur le paysage environnant. En face, se dressait une énorme montagne verdoyante, sillonnée de ravins. Sur les pentes, deux villages, l'un plus haut que l'autre, cachaient leurs chaumièi'es dans les arbres. Un ravin profond , où
* De la version des Septante, 4 vol.in-8«. Athènes 1843-1850. *Voy. Recueil de discours, homélies, etc. Athènes 1830. 'Voy. les Grammatica, Vienne 1813, et Bhéthorique ^ ibid*