PARTIE II. — LIVRE I
coulait le torrent, séparait cette montagne de celle où j'étais. Celle-ci, occupée par les jardins des moines , était parée de cyprès et d'arbres fruitiers.
L'heure de mon dîner étant arrivée, les moines revinrent. L'igouménos se montra fort gracieux, ainsi que ses compagnons. Us me prièrent de rester quelques jours. «N'ayez pas peur des punaises, me dit l'abbé, nous vous donnerons la chambre du roi qui est nouvellement peinte et où vous n'en trouverez pas.» Je remerciai, en disant qu'il me restait encore bien du chemin à faire, et je me mis à visiter le monastère.
Le Mégaspiléon est, comme son nom l'indique, une vaste grotte. Cette grotte, sm^montée d'un rocher à pic de 100 mètres, forme un ceintre trèsélevé, rempli de fissures. La saillie du ceintre préserve l'intérieur du couvent des projectiles; qu'on voudrait lancer d'en haut. L'ouverture est fermée dans toute sa largeur (60 mètres) et jusqu'aux deux tiers de la hauteur (qui est de 30 mètres), par un mur de façade dans lequel ont été ouvertes les fenêtres de plusieurs étages. J'ai compté jusqu'à sept étages. Sur le mur on a bâti,
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sans se préoccuper le moins da monde de la régularité y des galeries , des pavillons , des escaliers, constructions en planches de toutes les couleurs , dont Tefifet est de loin très-original. La grotte elle-même a plusieurs étages. La plus basse sert de cave ; une source fraîche y coule , et des infiltrations imperceptibles commencent à y former des^ stalactites. La grotte qui est audessus n'a que des cellules. Enfin la plus élevée renferme le catholicon et cinq chapelles.
Les battants de la porte du catholicon sont en bçonze ciselé en bosse et représentent des sujets bibliques, comme celles dont est justement fier le baptistère de Florence (Piazza del Duomo). Quoique les fresques n'aient que deux siècles , elles ne manquent point de caractère. On n'en peut dire autant des images de l'iconostase. La même réflexion s'applique à la fameuse Panaghia miraculeuse, attribuée à saint Luc. C'est un basrelief creux, composition de cire et de mastic, adapté à une toile cirée, recouverte de la même composition. La surface du bas-relief était primitivement peinte et ornée par endroits de dorures, dont on voit encore les traces. Quand on se rappelle que l'Église orientale, s'at-