PARTIE II. — LIVRE I
tachant au texte de la Bible * , regarde l'usage des sculptures religieuses comme contraire à la parole de Dieu*, on est obligé de croire que cette Panaghia est une Madone romaine dont les moines grecs ont hérité , on ne sait ni quand ni comment. 11 est impossible de leur faire expliquer d'une manière plausible pourquoi ils ne tiennent aucun compte de la loi générale. Le style du bas-rehef achève de démontrer que rorigine de ce bas-relief n'est point orthodoxe. Trois représentations , vraiment antiques , de la Panaghia , offrent un intérêt plus réel que l'image miraculeuse. La première représente la Panaghia, qu'on nomme au Mont-Âthos Sitohotis
(couleur de blé). La seconde, apportée, dit-on, de Constantinople, est d'un style grave. La troisième , sur bois , représente la Vierge nommée Pantanassa (toujours reine). La tradition raconte qu'une fille des Paléologues est enterrée dans le monastère et que ses parenls offrirent au couvent cette image, qui est d'un style gracieux. La bor-
* c Vous ne dresserez point d'image taillée ni de statue » (Uvitique, \\yi,i.)
* On trouve aussi à Ochrida , en Roum-ili , une image trèsvénérée de saint Clément qui est sculptée en bois. On la conserve dans l'école grecque d'Ochrida.
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dure, qui est en argent , est également antique et présente en relief plusieurs scènes bibliques. On remarque dans le sanctuaire une croix en filigrane, d'un travail recherché, qui a été fabriquée à Smyrne. Une autre croix, plus petite et du même genre, a été faite à Gonstantinople. On doit aussi examiner un Éyangile, relié dans la même ville, dont la couverture, en aident doré , représente , d'un côté , le crucifiement , et de l'autre, la résurrection.
Les trois chapelles que j'ai visitées ont des fresques de la même époque et du même style que celles du catholicon.
La bibliothèque ne renferme qu'un millier de volumes et une vingtaine de manuscrits. La plupart de ces manuscrits sont des Evangiles , dont l'un , qui date du treizième siècle , est orné de lettres coquettement illustrées. Les décrets des souverains, qu'on conserve avec soin, contiennent des faveurs accordées au monastère. Des firmans des sultans maintiennent les moines indépendants de l'évêque diocésain, privilège qu'on leur a enlevé avec raison et qui leur avait été reconnu par les patriarches de Gonstantinople. Une crysohuUe (bulle d'or) de Grégoire III Ghika, datée
de Bukarest, février 1769*, fait donation aux moines de l'église située au Vakséraï de Constantinople, avec toutes les maisons et propriétés qui lui appartiennent. Je n^ai pas vu sans émotion cette pièce signée par le parent illustre « qui a laissé un nom cher aux Roumains», un < nom exceptionnel > ; qui paya de sa vie «son dévouement à sa patrie adoptive^ ^ ; qui , dans un siècle de despotisme , « comprit mieux que ses prédécesseurs et mieux aussi que ses successeurs le respect des propriétés et des personnes; qui se sacrifia à la défense d'une question nationale. i> En livrant sa tête «à l'Autriche (1777), la Turquie provoquait elle-même la trahison et prononçait sa propre déchéance' ».
Le plus curieux des ouvrages imprimés qu'on trouve au Mégaspiléon est assurément le livre de Constantin Iconomos , consacré à la gloire de ce couvent. Je veux parler du livre intitulé : Histoire de la fondation et description du couvent sacré et royal de la grande grotte, publiée avec l'as-
'Cette pièce débute ainsi: Jean-Grégoire-Alexandre Ghika, Voïvode, Souverain et Prince de toute la Hongro-Valachie.
'I3bicini, Provinces roumaines, p. 105; — Elias Regnault, Principautés danubiennes, p. 94.
'£. Regnault, Principautés danubiennes , ibid.
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sentiment du saint monastère et corrigée par ses soins \ C'est un ouvrage tout plein de l'esprit monastique et écrit d'un style redondant. La description est remplie de longueurs. Quant à la partie historique , la critique y est résolument sacrifiée à la légende. Il en est ainsi dans toutes les histoires des couvents , dans le boudhisme comme dans les églises chrétiennes , et le Foékoué'ki offre en ce genre, ainsi que les voyages de Hiouen-tsang, un modèle qui n'a que trop d'imitateurs. La première partie du livre est consacrée aux trois personnages qui ont découvert l'image, sainte EuphrosyuQ, princesse du sang impérial, qui habitait le village de Zachlorou , et les moines Siméon et Théodore. La seconde partie est relative aux miracles opérés par la sainte image.
Le progrès, véritablement merveilleux, de la science ne permet plus de nier tous ces faits et de les reléguer, comme le faisaient les Encyclopédistes, au rang des fables ou des fourberies sacerdotales. Hippocrate, s'élevant au-dessus des préjugés de s(jn siècle et devançant les découvertes des physiologistes modernes, démon-
' Un vol. in-4o. Athènes 1840. Impr. G. Rhally.