‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 22 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE I · texte numérisé non relu

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la santé. Voilà pour quel motif, au moyen âge, chaque église de France et d'Allemagne eut sa représentation gigantesque de l'Hercule chrétien, dont Luther dans ses Tischreden dit que c'est un saint allégorique qui n'a jamais existé (und sagte dass es keine Historié wàre).

Thèbes qui adorait dans Héraclès la personnification de la force , et qui avait appliqué le droit du plus fort à des cités béotiennes , telles que Thespies et Platée, finit par éprouver elle-même que celui qui abuse de la puissance de l'épée périt infailliblement par l'épée. Les Macédoniens saccagèrent sous Alexandre-le-Grand la puissante cité aux sept portes. On vit renaître les grandes infortunes qui avaient fourni tant de sujets à la muse tragique et immortalisé le nom de la douce Anligone, cette vierge héroïque, si bien caractérisée dans Y Œdipe roi y et dont le dévouement semble prophétiser, au sein du paganisme hellénique, l'ère des martyrs. Thèbes ne s'est point relevée de ce désastre. Cette ville, autrefois si riche en monuments^ où l'on admirait les beaux temples de Gérés, de la Fortune, d'Hercule, de Bacchus, etc., ofifre maintenant très-peu d'intérêt aux artktes et aux archéologues. Il y a quelques

années , TaisancG y régnait, et tout lui annonçait un avenir prospère. Mais comme si la Grèce n'avait pas supporté assez de fléaux, la ville a beaucoup souffert d'un tremblement de terre. La nature volcanique du sol béotien n'est pas malheureusement favorable à la conservation des monuments. Cependant la cité^ qui n'a guère que 4000 habitants, dissimule assez bien les traces de ses malheurs. Elle occupe l'élévation où était située la Gadmée, acropole dont on attribua la fondation à Cadmus, qui semble avoir été un dieu phénicien transformé par les Hellènes en un héros fondateur de cités. De la place où était cette acropole , dont quelques fragments cyclopéens sont les uniques débris, on jouit d'une belle vue. La rue principale de Thèbes est bordée de maisons pittoresques où s'étalent, au rez-dechaussée, des boutiques garnies de marchandises de toute espèce.

A sept heures et demie du matin , je montais à cheval pour aller à Platée en traversant la plaine arrosée par l'Asopus. Lorsque je partis de Thèbes, les bourgeois jouissaient de la fraîcheur du matin devant les cafés de la rue principale. Les uns fumaient, les autres roulaient dans

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leurs doigts le chapelet, qui n'est point un objet religieux, mais un passe-temps comme le bilboquet à la cour des Valois. Plusieurs prenaient du café dans des tasses microscopiques , en causant avec animation ou en parcourant les uns le Siècle (Aiàv), d'autres YEspérance ('EXitk) ou la Minerve (^Hf^). Le Siècle y la plus répandue des feuilles helléniques, dirigée par M. Timoléon Philimon, fils d'un des historiens de la guerre de l'indépendance, faisait une opposition résolue à la poUtique du gouvernement qu'il trouvait trop favorable à l'Autriche. UEspérance défendait cette politique, que soutenaient aussi à l'étranger quelques journaux bavarois ou autrichiens, beaucoup plus zélés, il faut l'avouer, pour la dynastie que pour les Hellènes , et toujours prèsses de noircir la nationalité hellénique et les écrivains philhellènes : étrange contradiction qui faisait en Grèce une impression qui ne s'est pas affaiblie. La Nouvelle Pandore ^ la principale revue des pays grecs , avait pour principaux rédacteurs MM. Rhangavis , Paparrhigopoulos et Dragoumis. Le journal , qui est la principale lecture des citadins de la Grèce, est si bien accueilli qu'à cette époque il se publiait à Athènes environ

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trente feuilles. Mais les journaux ne paraissent pas aussi souvent qu'en Occident, Athènes ne recevant la poste que par les paquebots.

Plût à Dieu que le journal occupât dans l'existence d'un dellène la même place que dans la vie anglaise ! L'énergie des individus n'en souffrirait assurément pas. Mais, comme en Italie, on cherche moins au café l'occasion de s'occuper avec intelligence de questions politiques que de se livrer à ce far-niente trop cher , hélas ! aux populations du Midi. La sobriété de ces populations n'a pas autant d'avantages qu'on le croit généralement dans l'Europe méridionale. Les anciens Hellènes n'avaient pas ces habitudes ascétiques, et les pays les plus avancés du monde n'attachent aucune importance à ces goûts d'anachorète. L'expérience leur a prouvé que celui qui n'amasse pas de forces n'est pas en état d'en dépenser, et qu'un ouvrier anglais, beaucoup mieux nourri qu'un Français de sa condition, peut faire une besogne double. Au contraire, l'homme qui s'est habitué à se contenter de la plus chétive nourriture , pejrd toute espèce d'aclitivité. Lorsqu'un Grec a dans sa poche quelques drachmes, il s'installe gravement devant une tasse

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