‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 214 sur 284 · PARTIE II. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE I

coup à la générosité des fidèles. Mais sa principale richesse vient des terres incultes qu'il a défrichées pendant quatre cents ans de constance et de fatigues. J'ai encore admiré ses jardins. Il a eu aussi la gloire de servir d'asile aux écrits des anciens , qu'on y apportait pour les soustraire à la ruine universelle causée par les barbares. Malheureusement l'incendie de 4400 détruisit ce dépôt précieux. Un autre fut formé par les caloyers qui échappèrent en 1454 au sac de Constantinople. En 4639, un nouvel incendie ruina le couvent , qui fut reconstruit tel qu'on le voit aujourd'hui. — Il est inutile de dire que les reliques et l'image échappèrent toujours aux désastres qui furent si funestes aux livres. Pendant les ravages occasionnés par l'insurrection de 4770, les caloyers se conduisirent avec énergie. Ils arrachèrent à la mort les familles turques de Calavryta, menacées par la fureur populaire. Cet acte de tolérance^ digne des beaux âges du christianisme, rendit à ce pays d'immenses services. Lorsque les Musulmans vainqueurs proposaient aux chrétiens la mort ou l'apostasie, les moines en sauvèrent un nombre considérable et n'épargnèrent pas leurs

richesses pour racheter une foule de captifs. Une grande partie de TAchaïe leur dut son salut. Pendant la guerre de l'indépendance , — ils me le disaient avec une fierté légitime, — ils ont montré un patriotisme incontestable. Ils entretinrent des troupes et plusieurs prirent place parmi les défenseurs de la patrie. Les hordes d'Ibrahim essayèrent en vain d'écraser le couvent. L'échec du général africain est un miracle aux yeux d'Iconomos. L'auteur d'une brochure anonyme sur la Madone de Montenero est beaucoup plus original , lorsqu'il lui attribue la manière pacifique dont «les féroces Français» traitèrent les bourgeois de Livourne.

Les prodiges ne peuvent empêcher les institutions humaines d'échapper à la caducité des choses de ce bas monde. Le communisme a été modifié au Mégaspiléon aussi bien qu'ailleurs. La viande est permise aux moines ; mais le couvent leur fournit seulement le pain, le vin, le fromage et les olives. Quoique le gouvernement du monastère ait été, en principe, amélioré par les lois du royaume , d'anciennes habitudes persistent encore. La grande assemblée, présidée par le cathigouménos (abbé actuel) , assisté de

deux conseillers , se compose des proïgoiiménos (anciens abbés) et des sénateurs. L'abbé a le dikœos (justicier) pour suppléant. Les autres fonctionnaires sont le skévophylax (trésorier), Y ecclmarkhis (sacristain) , le thyrôros (portier) , Vartopios (boulanger), un trapésaris (distributeur de vivres), un dokltéarios (distributeur d'huile et de fromage), et un xéiiodokhos (hôte des étrangers) . Ces divers fonctionnaires avaient alors sous leur juridiction un personnel de deux cent cinquante individus, dont cent quatre-vingt frères , cent cinquante au monastère et trente aux succursales (fermes). Le reste était composé de gens de service. Les caloyers s'occupent d'agriculture. Ils fabriquent aussi des s.acs de poil de chèvres et des bonnets de moines. Il était question de la fondation d'une école , celle qui existait ayant été fermée, lorsque éclata la maladie du raisin qui diminua les ressources des moines. Leur empressement à profiter de cette circonstance me fit penser que les revenus du couvent, provenant de possessions situées, pour la plupart, dans le Péloponèse, contribuent peu au progrès de la science. En effet, le Mégaspiléon n'entretenait que trois pensionnaires à

l'université d'Athènes. Mais quelques religieux fournissaient les fonds nécessaires pour vingtcinq élèves de cette Université.

Je quittai le Mégaspiléon au bruit des cloches qui, pour me faire honneur, sonnaient àtoiite volée. Je me dirigeai vers le sud-ouest, en suivant, à l'ombre de platanes, le lit d'une rivière qui se jette dans le Bouraïkos. J'arrivai à huit heures du soir à Kalavryta, chez un soldat de la guerre de l'indépendance, M. Athanase Pappadopoulos , primat du pays. Son air martial et sa foustanelle étaient en complète harmonie avec les souvenirs de cette mémorable époque. Zélé pour l'orlhodoxie , il engagea , quand arrivèrent les notables de l'endroit, une vive discussion avec un de ses compatriotes , qui porte le nom d'un des primats qui entouraient Ghermanos lorsqu'il appela les Hellènes aux armes pour la délivrance de la patrie. Il disait que la foi orthodoxe ayant été le plus ferme appui de la nationalité hellénique dans la lutte terrible qui avait commencé dans ces heux mêmes et dont le résultat avait été si glorieux, on devait, si l'on voulait reprendre aux Turcs les provinces restées sous le joug, conserver fidèlement des traditions

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