PARTIE IL — LIVRE I
nement de Mahmoud II (1808), il fut renvoyé au Mont-Athos, qu'il quitta seulement en 1819, à la veille de Tinsurreclion qui devait causer sa mort. Lorsqu'elle éclata , le danger était si évident que chacun l'engageait à fuir: «Un vrai pasteur, dit-il, doit savoir mourir pour son troupeau.!» De telles paroles expliquent comment « aucun patriarche — je me sers des paroles mêmes de l'Anglais Blaquières — n'avait joui d'une plus haute estime.» Le jour de Pâques, comme Grégoire sortait de l'église, on l'entraîna à la Porte , où on l'enferma dans une salle du palais en le sommant de nommer les chefs de l'insurrection et même d'embrasser l'islamisme. Après avoir répondu d'un ton calme qu'il ne dénoncerait personne, il ajouta avec le même sang-froid : « Le chef des chrétiens mourra chrétien ! » Conduit alors au supplice et accablé d'outrages, il étendit les bras vers le ciel et, comme le protomarlyr, il bénit les assistants et pria le Christ de recevoir son âme. Il avait plus de soixante-quinze ans*. «Il serait peut-être impossible, dit un écrivain protestant, de citer une
* Voy. Vie de Grégoire ^ patriarche de Constantinople, Athènes
victime plus digne du nom honorable de saint martyr depuis l'établissement du christianisme. Qu'il est douloureux de penser que c'est toujours par de tels sacrifices que le genre humain a jusqu'ici acheté la liberté civile et religieuse * ! >
On comprend en voyant Galavryta que le patriarche ait manifesté plus d'une fois l'intention d'y finir ses jours. Cette ville est agréablement située sur une pente douce , au pied du mont Vélia. Elle est entourée de jardins, et ses jolies maisons descendent jusque dans la vallée , trèsfroide l'hiver, mais qui, l'été, est couleur d'émeraude. L'acropole, qui avait de l'importance au moyen âge, est d'origine franque, et remonte probablement à l'époque où Villehardouin envahit le Péloponèse. La ville antique de Cymetha n'était pas, comme on le croit, à la place qu'occupe aujourd'hui Galavryta, ni au village de Kerpini , où plusieurs riches habitants de la ville passent l'été; mais le texte de Polybe porte à croire qu'elle était au fond d'un vallon qu'on voit à droite, en allant à Lavra, vallon où l'on trouve des ruines antiques et une fontaine qui
* E. Blaquières, Histoire de la révolution de la Grèce, irad. française.