‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 23 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE I

de café et , grâce à Tintervention de la pipe ou de la cigarette , il parvient à passer dans un engourdissement qui diffère peu du sommeil, ces heures précieuses qui valent mieux que de Tor ; puisque de leur emploi consciencieux dépendent la grandeur, la dignité et la prospérité des nations. Le général Garibaldi a donné aux méridionaux une admirable leçon , lorsque déposant l'épée qui à Rome , à Varèse , à Palerme a été la terreur de l'ennemi , il a pris la pioche du laboureur pour consacrer aux travaux les plus rudes et les plus utiles ces mains victorieuses qui ont brisé les fers de tant d'esclaves.

L'attitude pacifique des bourgeois de Thèbes me rappelait que les troupes de la Béotie et de l'Âttique s'étaient montrées dans la guerre de l'indépendance bien moins décidées que les autres Rouméliotes. Aussi un témoin oculaire, l'Anglais Blaquières, allait-il jusqu'à les appeler € les plus mauvaises troupes de la Grèce. t> Faut-il en conclure qu'il ne reste pas de traces des tendances primitives de la population ? L'agoghiate (guide) George eût fourni, au besoin, une preuve du contraire. Quoique bon homme, quoiqu'il se soit montré plein d'attentions, il était évidem-

ment plus rude qu'aucun cocher d'Athènes, plus disposé à lancer à son prochain une épithète expressive qu'à lui adresser des louanges, plus prêt à rendre justice à ses qualités personnelles qu'à celles de ses voisins. Sa physionomie offrait également des traits caractéristiques. Avec ses yeux d'un bleu sombre, ses lèvres épaisses, son altitude fière et martiale, il eût bien tenu sa place dans le « bataillon sacré ». Il semble qu'il eût conscience d'être un digne fils de la Béotie ; car il se parait, à tout propos, du titre de c descendant d'Épaminondas » . J'ignore si son arbre généalogique était bien en règle ; je crois mênie qu'Épaminondas n'avait d'autres enfants que Leuctres et Mantinée ; mais je sais bien que George ' avait le courage des anciens habitants de son pays, car à Hosios Loukas il me préserva, par sa résolulion, d'un accident imminent. Dans la route que je suivais pour aller à Platée , comme il n'y avait pas les mêmes dangers à craindre que dans les gorges sauvages qui mènent au monastère , il cueillait pour moi , sur les feuilles larges et profondément découpées des acanthes, des larmes transparentes et jaunâtres qu'on mâche à défaut de mastic. Elles en ont, du reste, le goût et le parfum résineux.

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