‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 226 sur 284 · PARTIE IT. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE IT. — LIVRE II

Tandis que je faisais- avec assez de décourageaient mes préparatifs pour passer la nuit au khani de Dara, et que, pour me consoler du peu de comfort que j'y trouvais , je m'efforçais de penser aux habitudes simples des Pélasges , j'appris que le nomarque de l'Arcadie, M. Spiridion Antoniadis , était dans le village situé audessus du khani, village habité par des Albanais. M. Antoniadis n'est pas seulement un homme de lettres laborieux*, il a montré comme administrateur une activité que j'ai entendu louer en Arcadie.

Il n'était donc pas homme à me laisser dans l'embarras. Il fit ouvrir une maison de campagne , dont le vaste jardin était embaumé des parfums du jasmin. A mon réveil , je le trouvai dans ce jardin ainsi que M. le colonel Kaklaraanos et le médecin de la nomarchie, M. Vlakhopoulos. Je les invitai à prendre le café avec moi. Le colonel, ancien aide-de-camp deKaraïskakis, avait perdu un bras au Pirée, à l'époque de la mort de Karaïskakis. Grand, fort, l'air

* Outre plusieurs traductions , il a composé une Histoire de ta révolution grecque^ une Mythologie à Vusage des écoles communales, etc.

martial , portant très-bien la large foustanelle , il parlait avec beaucoup de modestie des cam-

pagnes qu'il avait faites avec un des héros de la guerre de l'indépendance. Ces Messieurs voulurent bien prendre les devants pour me faire préparer un dîner àLévidhi, précaution dont je compris l'obligeance, lorsque j'arrivai, à midi, dans ce village , après avoir traversé une plaine couverte de troupeaux, où j'avais souflTert de la chaleur et du manque d'eau. J'avais,, chemin faisant, passé près des ruines de Caphyœ. A une faible distance de Lévidhi on trouve d'autres ruines , celles de l'ancienne Orchomènes , qui sont situées sur le sommet d'une colline et qui portent aujourd'hui le nom de Kalpaki.

Quand je quittai le village, les paysans, rangés le long des maisons , me firent amicalement leurs adieux en m'pfTrant des cuillers en bois sculpté ornées de fleurs de pavots. Ces braves gens ne se doutaient pas probablemet de la fraternité qui unit les enfants de l'Albanie, descendants des Pélasges , avec les fils de la race pélasgique qui sont parvenus, après tant de siècles de révolutions, à se maintenir dans les vallées de TArcadie. J'aimais à voir dans leur accueil cordial

Page 1