PARTIE II. — LIVRE II
lui donnaient les anciens Hellènes. Qui recon' naîtrait dans cette pâle apparition la magicienne qui transforaie en Grèce le plus stérile rocher, qui change à chaque instant du jour la physionomie du paysage, qui produit une prodigieuse diversité même avec des éléments privés de toute beauté?
En Arcadie, la nature n'est pas le seul charme qui attire les voyageurs. Ce pays a aussi de mémorables souvenirs. En est-il beaucoup de plus grands que la mort d'Epaminondas à Mantinée? La plaine qui rappelle cet événement fameux, que les paysans nomment cambos tis miliàs (champ du pommier) , me parut bien cultivée. ^ A droite sont des marécages , où se perdent plusieurs cours d'eau , notamment TOphis qui tra* verse les ruines de Mantinée* Je visitai les restes de l'enceinte et le champ de bataille où Ëpami-^ nondas succomba au sein de la victoire % comme^ bien des siècles après, Marcos fiotzaris en Ëtohei Ce fut aussi à Mantinée que Philopœmen battit Machanidas, tyran de Sparte. Je marchai sur
*Voy. Grote, History of Greece» Londres 1860. Ouvrage qui a placé son auteur au rang des meilleurs historiens de i'Occi^ dent.
quelques ruines qui longent le chemin à une grande distance et qui appartiennent à l'hippodrome, au stade et au temple de Poséidon. A mesure que j'avançais , les montagnes se paraient à ma droite et devant moi d'une délicieuse teinte rosée, tandis que la lune jetait un mélancolique rayon sur le monticule où l'on transporta le héros thébain blessé mortellement et où fut depuis son tombeau.
Ce plateau célèbre, où la puissance égoïste de Sparte subit un si grand échec, était devenu, après une suite de révolutions, le foyer delà domination ottomane dans la péninsule. Tripolis, où j'arrivai à dix heures du soir, était la capitale turque du Péloponèse. Les pachas avaient d'abord établi à Méthone le siège de leur sandjiac. Mais la position centrale du bassin où furent construites les villes de Pallantium , Tégée et Mantinée, était plus commode pour les dominateurs. Une enceinte de montagnes le rend facile à défendre ; le climat y est sain ; le sol fertile ; les ruines , qui évitent aux paresseux Ottomans la peine de creuser des carrières, n'y manquaient pas. Les débris des trois antiques cités servirent à en construire une, dont le nom