‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 24 sur 284 · PARTIE I. — LIVRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I. — LIVRE I

Malgré ces preuves de bonne volonté, Tagoghiate eût paru à un lord anglais ou même à un baron allemand up domestique privé de beaucoup de qualités essentielles à sa profession. Rien n'est plus facile à comprendre quand on se rend compte de la différence des habitudes. En Occident , la domesticité est un état qu'on préfère à bien d'autres. Quel fils de cultivateur ou quelle jeune villageoise n'aimera mieux servir dans un château , avoir de belles robes et des rubans, que de cultiver la terre et de porter des vêtements grossiers ? Il en résulte que la domesticité devient souvent héréditaire, et qu'on voit des générations de femmes de chambre comme des générations de comtesses. Chez les Hellènes, rien de pareil à l'esprit de hiérarchie des populations germaniques. Le Rouméliote attache trop de prix à son indépendance pour devenir volontiers domestique. Le Péloponésien, qui n'a pas d'éloignement pour la vie des champs, trouve trop aisément à employer ses forces pour avoir la pensée d'entrer en condition. En général, on ne s'y résigne en Grèce que sous l'aiguillon d'une pressante nécessité et avec la pensée de recouvrer son indépendance le plus tôt possible. Dans

certaines îles , les jeunes filles servent avec moins de répugnance qu'ailleurs. Siphnos, Andros, Ténos ont la réputation de fournir les plus habiles cuisinières et les meilleures nourrices.

Assurément la dureté des maîtres n'est pour rien dans l'éloignement qu'inspire la domesticité, éloignement qui existe dans plus d'un pays dé* mocratique, par exemple aux Etats-Unis, où le domestique ne dissimule pas son intention de se transformer définitivement en « auxiliaire >. Aussi dès qu'une fille a un pécule à sa disposition, cherche-t-elle un nrari. Si elle a amassé quelque argent et que ses beaux yeux suppléent à l'insuffisance de la dot, • son ancienne profession ne l'empêche nullement d'être admise dans la bourgeoisie, et dans le cas où son mari pourrait mettre à sa boutonnière le ruban bleu du Sauveur, qui l'empêcherait d'aller avec lui à la cour? Comment s'étonner de pareilles choses dans une ville aussi démocratique qu'Athènes, où un ministre peut avoir pour cousine une cuisinière ? En Grèce, M. Jabot de Tœpfer aurait, sans le moindre embarras , rencontré son cousin Antoine chez les plu^ grands personnages. Si ce vaniteux bourgeois eût pu sans beaucoup de peine décider

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