PARTIE II. — LIVRE II
Lorsque les sicaires du pacha vinrent pour s'emparer de ses enfants , elle se défendit dans une tour avec un tel courage qu'on fut obligé de l'y assiéger. Réduite à la dernière extrémité, elle parvint à s'enfuir avec ses deux filles et ses trois fils. Les deux aînés ayant été pris, elle vécut dans la retraite avec le plus jeune et avec ses filles, travaillant comme une paysanne et attendant patiemment le jour de la vengeance. Lorsque Théodore eut atteint seize ans, elle lui donna les armes de son père, en lui faisant jurer sur ses vêtements ensanglantés de le venger des Turcs. Le jeune pallicare ne tarda pas à devenir le plus redoutable des klephtes, surtout lorsqu'il fut secondé par le fils d'une de ses sœurs, Nikitas Stamatélopoulos, surnommé le Turcophage , parce qu'on dit qu'il a tué de sa main un millier de Turcs. Ces deux représentants célèbres de l'Arcadie n'avaient ni le même caractère ni la même physionomie. Nikitas était, comme Bolzaris , le noble fils de la terre albanaise., une âme désintéressée. Même quand il était simple chef d'une bande de klephtes, il sut maintenir une discipline rigoureuse parmi ses gens. Aussi manifesta - 1 - il dans toute
sa carrière un profond mépris des richesses. Svelte el grand comme un héros d'Homère, il était ainsi que Botzaris toujours simplement vêtu , dédaignait les broderies y n'avait d'autre parure que son beau sabre si souvent baigné du sang des Turs et souriait du goût que les chefs des pallicares montraient pour les habits dorés. Quand il avait de l'argent, il le donnait aux victimes de la guerre, il en empruntait même pour venir à leur secours. Ses habitudes rigides et son ardeur guerrière n'excluaient ni la douceur ni la politesse. Nikitas eût été au moyen âge un chevalier chrétien.
Son oncle Colocotronis était loin d'avoir toutes ces qualités. Son audacieuse bravoure, sa haine généreuse de la domination étrangère , son esprit fertile en stratagèmes, son intelligence naturelle de la guerre, sa profonde connaissance du pays, sa constitution que l'âge et les fatigues n'avaient pas ébranlée , l'avaient fait pour jouer un rôle militaire dans le Péloponèse. Mais sa tête au front bas, son nez recourbé comme le bec d'un oiseau de proie , son œil dur et cave , sa taille maigre et voûtée ne prévenaient point en sa faveur. Malheureusement les apparences n'étaient pas