PARTIE II. — LIVRE II
en désaccord avec les faits*. 11 était avide, grossier, impitoyable et turbulent, il avait en un mot, le caractère farouche et indisciplinable que l'Anglais Blaquières attribue aux Ârcadiens de cette époque. eJ'ai fait, disait-il lui-même, beaucoup de mal à ma patrie; simple soldat ignorant, je m'étais laissé tromper par les primats du Péloponèse, dont je n'étais que l'instrument. J'étais un arbre sauvage planté le long d'un grand chemin, les brigands qui venaient à passer se reposaient sous mon ombre, suspendaient à ses branches leurs sacs remplis du fruit de leurs vols et de leurs iniquités. :» Le vieux général indique ici avec un rare bon sens la cause de ses erreurs et de ses fautes. La vie turbulente des klephtes avait été sa seule école. Il y avait appris à regarder l'intrépidité , le sangfroid, la ruse comme les vertus essentielles du soldat. Il serait injuste de ne pas tenir compte de «l'ignorance» de ce «sauvage» mais éner-
* Il est vrai que M. Photakos trouve trop sévère le jugement de la plupart des historiens sur Colocotronis. Premier aide de camp du g^énéral, M. Photakos l'a défendu avec conviction dans ses Mémoires sur la révolution hellénique (Athènes, libr. Sakellarios, 1858), qui renferment de curieux détails sur la guerre du Péloponèse.
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gique enfant de la montagne , quand on veut apprécier ses actes avec impartialité. Les Westermann et tant d'autres soldats de la révolution française qui défendirent le sol de leur pays avec tant d'héroïsme étaient-ils d'une humeur moins farouche?
Colocotronis, qui avait été obligé dès le commencement du siècle de quitter le Péloponèse après avoir lutté vigoureusement contre les Turcs, avait pris du service dans les troupes helléniques des iles Ioniennes et pouvait ainsi entretenir des intelligences dans son pays natal. A peine Ghermanos eut-il levé l'étendard de l'msurrection , qu'il accourut pour y prendre part. Dès le mois d'août 1821 , il était devant Tripolis avec les Maînotes qui l'avaient constamment soutenu, surtout les Troupianos, dans sa résistance aux Musulmans. Son visage maigre et hâlé, décoré d'une énorme moustache, attestait les fatigues qu'il avait endurées. Son attitude était celle d'un klephte heureux d'avoir lutté contre les Ottomans. Sur ses cheveux flottants et négligés il mettait une petite calotte rouge posée sur le côté. Il portait un cimeterre très-simple, une chemise trouée par les balles et un reli-