PARTIE II. — LIVRE II
ils devaient autrefois tenir compte des volontés des Turcs, ils n'éprouvaient aucune envie de se donner de nouveaux maîtres en organisant un gouvernement dont ils étaient loin de comprendre Futilité pour la défense de leur pays. La manière dont Hypsilantis , intègre et humain , parlait de leur avarice et des représailles impitoyables qu'il est toujours si difficile d'empêcher au commencement d'une révolution, achevait d'indisposer et Colocotronis et les primats. Le chef arcadien, — et il n'était pas le seul *, — ne dissimulait pas son goût pour l'argent : «Têtes d'ânes, disait-il brutalement à deux Turcs qui lui offraient des présents pendant le siège, j'aime l'argent , pourquoi m'en cacherais-je ? Oui, je l'aime, mais je veux le prendre avec mon sabre I ]» Hypsilantis ne se rendait pas compte de dispositions qu'il aurait cependant pu constater, lorsqu'il combattait contre les Français, chez les principaux généraux de Napoléon, chez le héros de Zurich comme chez le vainqueur d'Ocana et de Toulouse, c II était tout à fait désintéressé, dit l'An-
* < Nos capitaines, » dis*^it un des historiens de la révolution, A. Soutzos, < semblent avoir reçu l'avidité en héritage de leurs pères. »
^S^ ÂRGÂDIE.
glais Blaquières , au milieu d'un système de pillages et d'exactions qui , au reste , eût été inévitable à la suite d'une pareille révolution , même dans les pays les plus éclairés de l'Europe. > Si le généralissime eût compris combien est difficile « l'entreprise de régénérer un peuple longtemps avili par la tyrannie et façonné à toutes les basses menées d'un gouvernement corrompu et démoralisateur * , » il eût agi avec plus de prudence et eût vu peut-être moins rapidement décliner sa popularité.
M. Alexandre Mavrocordatos , qui arriva aa mois d'août devant Tripolis , avec un autre Phanariote , son cousin , le beyzadé (fils de prince) Caradja , sut plus longtemps conserver une position prépondérante dans les conseils de la Grèce. Les Caradja, originaires de Raguse, en Dalmatie, avaient donné deux souverains à la Valaquie, Nicolas III Caradja (1782) et Jean II Caradja (1812). L'influence des Mavrocordatos avait été beaucoup plus durable dans des principautés roumaines. Alexandre Mavro<^ordalos, père du défenseur de Missolongbi , demeurait à Thérapia lorsque l'insurrection éclata. Tous ses
* £. Blaquières, Histoire de la révolution de la Grèce.