PARTIE II. — LIVRE II
donner l'assaut. On échangeait des coups de . fusils quand la cavalerie musulmane faisait une sortie pour avoir des vivres et du fourrage, on se battait corps à corps et puis Ton dépouillait l'ennemi absolument comme sur la plage de Troie. Avant d'en venir aux mains , on s'excitait par des apostrophes homériques : « En avant, lâches Persans ! t> criaient les Maïnotes avec ironie. — «Tremblez! répondaient les Ottomans, tremblez , lièvres timides de la Laconie. » La nuit venue , des conversations presque amicales succédaient aux embuscades et aux coups de fusils. Les pallicares de la Maïna reconnaissaient des voisins dans les Bardouniotes qui avaient cherché un abri derrière les murs de la ville ; Elmaz-bey s'abouchait avec Colocotronis ; Bobolina , avec Kiamil-bey , Turc opulent de Corinlhe. Les Hellènes troquaient avec les assiégés des corbeilles de figues sèches ou de raisins contre des sabres de Damas et des pistolets garnis d'argent. Ces échanges étaient mêlés d'étranges discours : «Vous êtes fous, disaient les Turcs, de nous appeler Persans et de vous parer du nom d'Hellènes. Hier encore vous vous nommiez Moraïtes. Allah est juste, et ne permettra pas que vous
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réussissiez.:» Parfois, quand le lourd soleil du midi pesait sur la ville et sur le camp , les chefs, \ comme s'ils avaient été paisiblement installés dans les montagnes de la Maïna, se rangeaient autour d'un mouton rôti, qu'un d'entre eux dépeçait lestement avec son sabre , et vers la fin du repas un «brave», — tel est le sens du moi pal- UcarCj — prenant la lyre à trois cordes, célébrait les exploits de quelque guerrier fameux.
Les chefs péloponésiens ne s'étonnaient point de cette situation bizarre. Le généralissime, au contraire , avait hâte d'en finir. Avec des soldats tels que les Maïnotes de Mavromichalis et les Spelzîotes de Bobolina il croyait qu'on eût pu risquer un assaut. Mais les capitaines ne vou* laient pas livrer à tant de hasards une place dont les richesses n'eussent pas échappé au pillage. Heureusement que la ruine de la cavalerie ennemie permit aux Hellènes de s*approcher de la place et d'effectuer un blocuS plus rigoureux. Ce blocus ne tarda pas à réduire les Turcs aux plus cruelles extrémités. Une sortie tentée par le kiaïa-bey fut vigoureusement repoussée p^l• Colocotronis et par ses Ârcadiens. Les Ottomans continuaient pourtant de résister > parce qu'ils