‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 238 sur 284 · PARTIE II. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE II

s'attendaient à être secourus par Baïram-pacha. Mais l'armée de ce général ayant été écrasée dans les gorges célèbres des Thermopyles par Ulysse Androutzos et par Gouras, dont le bras s'enfla à force de tuer des Turcs, ils demandèrent à capituler. Colocotronis, ayant exigé quatre millions de piastres * pour leur accorder la vie sauve et une partie de leur avoir, ils balancèrent à accepter ces conditions. Cette hésitation leur devint funeste. Quatre prêtres arcadiens , chassés de la ville par Moustapha, vinrent raconter leurs souffrances qui exaspérèrent les troupes. La nouvelle de l'incendie de Galaxidi mit le comble à la fureur générale» Hypsilantis et A. Mavrocordatos n*étaient pas là pour la contenir. Mavrocordatos avait été chargé de gouverner la Grèce occidentale. Quelques jours après, Hysilantis était parti pour diriger le blocus de Patras. Quand , le H septembre 4821 , aux premières lueurs de l'aube les chrétiens pénétrèrent dans Tripolis, P. Mavromîr.halis, qui avait remplacé Hypsilantis, ne parvint pas à arrêter le terrible élan dés Vainqueurs.

* La piastre de Turquie qui valait S fr; en 1780 ne vdUt pluâ que 27 e.

492 ARCADIË.

Il faut se reporter à la prise de Jérusalem par les croisés pour se faire une idée du sac de la cité. Les luttes de race, quand la différence de religion les aggrave , prennent aisément un caractère atroce. Il n'est pas même nécessaire de recourir à la diversité des races et des cultes pour expliquer dans certains cas la rage qui anime les multitudes. Il suffit d'une longue oppression pour amener d'impitoyables réactions. N'a-t-on pas vu en France la terreur absolutiste et catholique amener la terreur républicaine , et les égorgeurs de septembre imiter les lugubres héros de Mérindol, de Gabriéres, de la Saint- Barthélémy , des dragonnades ? Elisabeth n'a-telle pas châtié sans la moindre pitié les bourreaux papistes qui avaient servi d'instrument à Marie-la-Sanglante ? Tout, au siège de Tripolis, se réunissait pour réveiller les instincts féroces qui sommeillent dans l'âme humaine, la haine du croissant et de l'Asie, les souvenirs lugubres d'une tyrannie sans pudeur , la pensée des récentes cruautés exercées à Constantinople , à Salonique, à Andrinople, à Smyrne et à Cypre par les Mahométans. Tant de motifs ne sont pas malheureusement nécessaires pour causer de

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