PARTIE II. — LIVRE II
sanglantes catastrophes dans les pays les plus civilisés. «Ceux qui jugent si sévèrement la conduite des Grecs à Tripolitza , dit un historien anglais , devraient bien rappeler à leur mémoire la bataille d' Azincourt , le siège de Magdebourg , rincendie du Palatinat sous Turenne , les persécutions en Ecosse après la bataille de CuUoden, certains événements de la guerre d'Amérique , les massacres d'Irlande, les assauts dlsmaïl, de Prague et de Belgrade, sans parler de bien d'autres exemples de barbarie dont l'histoire est souillée à chaque page^. »
Un chef tel que Colocotronis, qui avait à venger le sang de ses ancêtres et que son caractère et ses antécédents ne disposaient guère à la compassion, n'était point propre à calmer les rudes bergers de l'Arcadie et les sauvages montagnards de la Maïna. Elmaz-bey et ses Albanais , ayant capitulé quand Jl en était encore temps, échappèrent à la cataSlrophe. Les autres Musulmans restés dans la place furent livrés aux soldats qui j le fer et la flamme à la main, s'acharnèrent contre les personnes et contre les édifices , sans respecter ni l'âge ni le sexe. Chaque maison de-'
* Edward Blaquières» Histoire de la révolulion de la Gfece.
vint un champ de bataille, et quand elle était envahie, les vainqueurs précipitaient des fenêtres, dans les rues étroites et encombrées de cadavres , femmes, enfants et jeunes filles. Cependant le harem de Kourchid-pacha et quelques personnages importants furent éparçnés; car l'espoir d'une riche rançon arrêta le bras des plus exaltés. On a peine à comprendre comment le cruel Moustapha put échapper à une fureur tellement contagieuse qu'elle avait saisi les animaux eux-mêmes. Ces bandes de chiens affamés, dont sont infestées les villes orientales, se jetaient sur ceux qui tombaient blessés et les déchiraient à belles dents. Le hurlement guttural qui s'échappait de la gorge des Hellènes, mêlé aux aboiements des chiens , au sifflement des balles, à la crépitation des flammes, au bruit des canons de la forteresse, au fracas des maisons qui croulaient , aux plaintes des mourants , donnait un caractère vraiment sauvage à ces scènes horribles. Le lendemain, tandis que Pierre Ma vromichalis reprochait aux soldats leurs cruautés de la veille, Colocotronis roulant les grains de son chapelet, comptait les trésors qu'il avait acquis. L'avide général, qui parvint à pé-