‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 240 sur 284 · PARTIE II. — LIVRE II · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE II

nétrer dans la citadelle avec sa nombreuse famille et quelques intimes avant le reste de Tarmée, put encore y satisfaire sa cupidité. Aussi lorsqu'il parut à Corinthe devant Marcos Botza* ris, l'orgueilleux primat crut-il devoir étaler un faste asiatique. Il s'était coiffé d'un tissu précieux et armé d'un sabre resplendissant, tandis que le héros de l'Albanie avait une simple veste de drap bleu , une ceinture de lin et une capote blanche aux longs poils de chèvre. Colocotronis était assez rusé pour sentir la leçon donnée par ce contraste. Le jour suivant, il revint avec ses vêtements de klephte glorieusement troués par le fusil des Turcs, son vieux cimeterre et un pauvre reliquaire. Botzaris se leva avec déférence, et lui donnant la main avec sa cordialité ordinaire : «Frère, dit-il, te voilà dans le costume d'un brave» ; puis, après lui avoir parlé de l'intrépidité de ses Arcadiens et de leurs succès, il ne craignit pas de reprocher aux Hellènes les « excès qui à Tripolis , à Néocastron , à Monemvasia*, avaient souillé une cause sacrée.» C'est ainsi qu'on a vu , aux époques tragiques de la révolution française, les guerriers les plus hé-

* Navarin et EpiJaurus-Limera.

roïques, les Desaix, les Hoche , résister aux entrainements de la guerre et protéger les filles et les femmes de leurs ennemis, tandis que dans un autre camp les Bonchamp et les Lescure opposaient noblement aux vengeances de paysans fa* natisés par les prêtres et par les moines les vieilles traditions de la chevalerie.

Tripolis, qui avait vu le commencement de la fortune de Colocotronis , devait être témoin d'un abaissement et de chagrins qui semblent une expiation des cruautés commises au sac de la ville. Panos, son fils, périt dans la guerre civile , en combattant devant la ville assiégée par son père, et le vieux chef arcadien , obligé de se rendre au mois de février 1825, dit, en remettant ses armes, avec une franchise qui fait honneur à sa mémoire : « Je suis indigne de m'en servir ; car je m'en suis servi contre les lois.» Relégué à Hydra dans le couvent de Saint-Élie , il fut réduit à promener des regards mélancolique!^ sur les montagnes de son pays où il avait si souvent combattu les soldats du croissant.

Les dissensions intérieures ne contribuèrent pas peu à rendre Tripolis aux Musulmans. Fidèle aux traditions turques, le général du vice-roi

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