PARTIE II. — LIVRE II
relief représentant Hermès avec la balance des âmes, rappelle complètement les images de saint Michel. On figurait Tarchange avec une baguette , comme le Mercure Cyllènien; mais les ailes furent mises aux épaules, au lieu d'être au pétasos (coiffure de voyage). Dans la Légende dorée des Occidentaux, le messager de Dieu lui présente les âmes des morts, ainsi qu'il le fit pour l'âme de la Panaghia. Chez les Hellènes des temps modernes , il précipite dans les abîmes les vromovalas (vampires), dont les spectres odieux viennent tourmenter les vivants. On le voit, dans des fresques de Rome, peser les âmes * , comme le Thot des égyptiens , nommé en Grèce Hermès à tête d'ibis.
Pan, autre divinité essentiellement arcadienne, était rattaché à Hermès par les liens les plus étroits. Frère, plutôt que fils de ce dieu , il occupait dans les vallées du Ménale et du Lycée la même place qu'Hermès sur le mont Cyllène, où il protégeait aussi le troupeau des bergers. Pan est un de ces génies de la montagne, tels que les fait naître la vive imagination du peuple dans des contrées pareilles à l'Arcadie , esprits
* Voy. d'Âzincourt, Peint., pi. 99.
514 ARGÂDIE.
dont la brusquerie rustique et l<^s fantaisies étranges jettent souvent la crainte , — la terreur panique , — dans Tâme des pâtres crédules , qui leur prêtent les formes les plus extraordinaires. Pan devait au caractère lascif qu'on lui attribuait, à cause de son influence sur la fécondité des troupeaux , les cornes, les jambes et le poil du bouc. Cette conception, essentiellement primitive, bien propre à révolter les adorateurs d'un dieu crucifié, a fourni les principaux traits du diable ignoble, que le moyen âge fait figurer dans les sabbats avec des sorcières aussi hideuses que lui et dont les orgies dégoûtantes donnent une triste idée de la moralité d'une époque qu'on prétend fort supérieure aux siècles païens.
Les compagnons de Pan , Panisques ou Égipans, diffèrent peu des satyres, divinités champêtres, qu'on voit dans le cortège de Bacchus et qui représentaient les esprits élémentaires des monts et des forêts. Ces satyres ressemblaient assez aux êtres lâches et paresseux dont les paysans de l'Allemagne peuplent encore les montagnes. Leurs formes, qui participent du bouc et du singe, se sont en partie conservées dans les maigres pagania de la Grèce chrétienne.