PARTIE II. — LIVRE II
l'espèce humaine. Aussi faul-dl se garder de parler de la santé, de la force ou de la beauté soit des hommes, soit des animaux, si l'on ne veut les exposer à quelque grave accident. Le mauvais œil n'est pas moins redouté que certaines louanges, comme si un pouvoir malfaisant pouvait donner au regard d'un être humain la faculté de produire les plus grands maux. Celui qui veut en prévenir les effets redoutables, doit, comme au temps de Théocrite, cracher trois fois dans son sein. Les perpétuelles catastrophes qui affligent l'univers , l'épithète de «jaloux » appliquée sans cesse par les ministres de tous les cultes chrétiens au Dieu de l'Évangile, l'ignorance absolue des lois physiques, tout contribue à entretenir dans l'âme des multitudes de vaines terreurs si peu dignes d'une religion qui nous apprend que a Dieu est amour* > et que le règne des fantômes , qui obsédaient autrefois les âmes, est définitivement terminé.
En quittant Sinano , le lendemain à six heures, je m'engageai, accompagnée de l'éparque et de quelques notables de l'endroit, dans une région montagneuse, couverte de chênes énormes,
* Saint Jean, lr« épitre, IV, 8.
mais déplorablement mutilés. Les troncs magnifiques de ces chênes et leurs branches , impitoyablement taillées, attestaient l'énergie de cette terre qui a, selon la tradition, donné naissance à la cité de la force, et la funeste incurie du peuple. Plus tard, je vis quelques vignes et des pressoirs essentiellement primitifs, consistant en carrés de murs bas où Ton foule le raisin avec les pieds. J'étais à l'extrême limite de l'Arcadie. De nombreux troupeaux constataient la permanence de la vie pastorale dans un pays où les dieux des bergers deviennent des divinités si populaires. Comme à Tripolis, les femmes portaient le fesSf non point penché sur un côté, mais debout et entouré d'une bande de barége, ce qui leur donnait un air belliqueux, en harmonie avec la conduite énergique qu'a tenue, ^ en 1821, cette province, dont les anciens signalaient le caractère indomptable, et qui, même après Chéronée , refusa à Philippe le titre de généralissime des armées helléniques. Les Arcadiens qui m'accompagnaient et qui connaissaient mon zèle pour la cause des nationalités orientales , me conjuraient de me mettre immédiafement à leur tête et de marcher sur Gonstanli-