LIVRE TROISIÈME
SToiiiarclftie de Iiacoiiie<
Mes débuts en Laconie ne furent pas exempts de difScultés. Sans doute depuis mon départ de Képhalovrissi , source abondante et limpide qui jaillit au pied d'un quartier de rocher et qui devient TEurotas, j'avais un' magnifique clair de lune et un air vif et pur. Mais les ronces me déchiraient à chaque instant les mains et le visage, et comme les agoghiates avaient perdu le chemin, il fallait suivre sur les pierres le cours des torrents. Des coups de feu qui retentirent plusieurs fois aux oreilles des chevaux et qui les effrayèrent, ajoutèrent aux difficultés de la situation. Une troupe de jeunes gens, qui venaient d'une fête, vêtus de fouslanelles neuves, passèrent à côté de moi. Dans cette belliqueuse La-
conie, on ne se réjouit jamais sans que Todeur de la poudre charme l'odorat , et les fusils remplacent les violons.
Le peuple lacédémonien m 'apparaissait ainsi avec la physionomie que mes souvenirs historiques me disposaient à lui donner. En effet, si les Pélasges de l'Arcadie différaient déjà si profondément des Ioniens de l'Attique , ceux-ci trouvaient dans les Doriens de Lacédémone le contraste le plus frappant avec leurs idées et leurs habitudes. Athènes a aussi complètement rompu avec l'Asie que le permettait la civilisation antique, basée sur la légitimité de l'esclavage et sur la servitude des femmes. Il n'en était pas ainsi des farouches soldats descendus de l'Œta et de l'Olympe. Chez eux, comme dans l'Orient asiatique , l'individu était absorbé par l'État , les penchants du cœur , les liens de la famille , les instincts les plus forts de la nature humaine étaient sacrifiés aux exigences d'une organisation essentiellement militaire. Sparte était un camp qui méprisait le commerce , qui dédaignait les arts ; où les rois n'étaient que des chefs de guerre soumis à une rude aristocratie , capable de ne reculer devant aucune violence pour assurer et