PARTIE II. — LIVRE III
agrandir ♦la position qu'elle occupait dans la Grèce. Comme partout, le patriciatfut obligé de soutenir des luttes pour maintenir des prétentions excessives , et les éphoi*es servirent constamment d'oi^anes à l'esprit novateur. Mais dans toutes les transformations qu'elle subit, la Laconie resta toujours un pays de soldats, où les poëtes, les philosophes et les artistes eussent été fort déplacés.
Lorsque j'arrivai à Castanià, bourg situé sur le Taygète , à quelque distance de l'ancienne Castorion, je pus me convaincre que la contrée avait , comme le peuple , conservé une physionomie guerrière. Les trois cents maisons de Castanià , construites en pierres , percées de petites fenêtres et dispersées dans les mûriers, s'appuyaient aux flancs de la montagne. La tour (pyrgof), où je devais m'arrêler, ressemblait à une véritable forteresse. Elle était si hermétiquement close que je crus un moment qu'il faudrait en faire le siège. Les chorophylaques se mirent en devoir de frapper à grands coups sur la porte, malgré les hurlements des chiens enfermés dans la cour. Une voisipe, accourue au bruit , voulut bien aller chercher les maîtres du
logis et leur porter les lettres de recommandation. La famille Zorzi, alliée aux Korfîotaki^ de Sparte , me fitraccueilleplus hospitalier, malgré le chagrin qu'elle éprouvait à cause de la maladie d'un neveu, enfant qui allait mourir. On s'occupa immédiatement de mon souper. En attendant qu'il fût prêt , je grimpai , par un escalier étroit, au premier étage, où je m'établis sur un sopha qui longeait le mur. Cette pièce était , comme le rez-de-chaussée, garnie d'armes et percée de meurtrières , qui donnaient passage à un air si vif qu'on fut obligé de fermer avec des coussins celles qui m'entouraient. La sœur de la maîtresse de la maison , qui s'occupait de mon établissement, se nommait Aphroditi (Vénus). Elle portait uu petit fess incliné de côté et entouré d'une grosse tresse à laquelle avait été enroulée une bande de barége jaune. Ni sa figura ni ce costume n'étaient guère en harmonie avec le nom qu'elle portait. En Grèce , on ne songe guère au contraste qui peut exister entre la personne et le nom qu'on lui donne. Il est vrai que sur le sol lacédémonien le nom de Vénus semble perdre la signification qu'il avait ailleurs. Les Spartiates possédaient une statue en bronze de cette déesse,