PARTIE II. — LIVRE III
de le revêtir d'un costume de guerre complet. Aussi lui mit-on souvent dans la main l'épée dont parle Milton, ou une lance d'or, et donnat-on à ses compagnons une véritable armure, qu'ils ont encore dans les peintures d'Orcagna au fameux Campo-Santo de Pise et ailleurs. De même qu'Ares , cuirassé d'airain , la haste et le bouclier à la main, se mêle devant Troie aux combats des humains , ainsi Michel apparaît dans les batailles du moyen âge, et le chroniqueur Monstrelet rapporte, que lorsque les Anglais, furent mis en déroute par les Français , il combattit avec ces belliqueux Gaulois qu'on accuse d'être restés trop attachés au culte d'Ares. Déjà en H7i, il avait rendu le même service aux Portugais. Il est probable qu'il faisait à Castelfidardo de vains efforts pour rallier les papalini de l'ex-ministre de la guerre du général républicain Cavaignac. Nous voyons donc les act^s qu'on a le plus trouvés indignes de la divinité dans la mythologie hellénique, se perpétuer parmi les disciples inconséquents de l'Évangile , et le « Dieu des armées » — nom qu'on donne tous les jours au « Père qui est aux cieux » — ordonner à ses ministres de souiller leurs ^ ailes
d'archanges» dans l'afifreux tumulte des batailles.
S'il est en Grèce une population qui ait conservé l'esprit de turbulence que le terrible Ares inspirait à ses adorateurs , les Maïnotes peuvent assurément revendiquer ce privilège. Parmi les habitants de Castanià qui se trouvaient dans l'appartement où je me reposais, il en était un qui connaissait parfaitement la Maïna, soit qu'il y eût voyagé souvent , soit qu'il fût originaire de ce curieux pays. J'avais déjà entendu parler plusieurs fois de la Maïna à ces Mavromichalis, qui, «aussi vieux que leTaygète,» la gouvernaient comme beys à peu près indépendants avant le soulèvement national de 1821. La Maïna, 'ancienne Eleuthèro-Laconie , a toujours été animée de la même passion de l'indépendance. La puissante Rome elle-même ménagea ces belliqueuses populations. Les Franks et les Turcs ne les trouvèrent pas plus dociles que les empereurs de Byzance. Stéphanopoulos , qui fut envoyé par Napoléon en Albanie «pour s'informer de l'esprit politique de ce pays * î et pour porter une
* Lettre de Bonaparte, général en chef de Tarmée d'Italie, au citoyen Stéphanopoulos , du 12 thermidor an V.