‹ Excursions en Roumélie et en Morée (volume 2)Chapitre 258 sur 284 · PARTIE II. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PARTIE II. — LIVRE III

l'expédition de Morée, lui trouva toutes les idées qu'avaient au siècle de Machiavel les petits princes qui se partageaient Tltalie. Agé de cinquante ans, réparque était resté beau, sa démarche était fière et ses bras velus étaient couverts de blessures. Quoiqu'il répétât, avec le dédain traditionnel des Lacédémoniens pour les lettres, qu'il n'était qu'un « Spartiate ignorant, » il avait autant de finesse que d'éloquence. Grave et majestueux, chamarré de galons et portant des armes magnifiques, il présenta au savant français un habitant de Castanià, Panaghioti TDourakis, qui se vantait, avec l'emphase laconienne, d'avoir fait tant d'exploits dans la guerre de l'indépendance , a que si chaque soldat de la liberté eût expédié autant de Turcs , il ne serait pas resté de Musulmans dans l'univers. » Le fils du deuxième bey de la Maïna avait conservé l'antipathie des Lacédémoniens pour les gouvernements démocratiques : « Je conçois, disait-il , que le peuple français ait chassé ses tyrans, notre histoire est remplie de pareils exemples; mais que, après s'en être délivré, il ait cru pouvoir demeurer Ubre en nivelant toutes les conditions , sans établir des personnages

puissants sur chaque point de son territoire, afin de protéger les faibles, c'est ce que nos pères n'ont jamais fait, parce qu'ils savaient bien que la démocratie ne saurait durer. Pourquoi Sparte s'est-elle si longtemps soutenue , el se soutiendra-t-elle toujours? c'est que les capitaines y ont toujours protégé et y protégeront en tout temps les petits contre les rois , contre les magistrats usurpateurs, enfin contre les étrangers.» Fidèle à la logique de son système, il n'hésitait pas à comparer Napoléon l^r au cruel Nabis, tyran de Sparte: «Votre empereur, disait-il, a imité Nabis, en anéantissant toutes vos libertés. Il vous a donné de la gloire comme dédommagement. Mais nos pères n'ont pas manqué de gloire et ont su conserver le premier des biens ! »

La chute de Michaïl-bey amena au gouvernement Dzanétakis Grigorakis * , qui gouverna la Maïna avec sagesse pendant dix-huit années. Sous son autorité paternelle , on construisit des routes , des canaux et des moulins dans l'épar-

* Une notice sur cette famille a paru en 1859. Elle est intitulée : Quelques faits historiques concernant la province de Maïna. Athènes, Carabini et Vafa.

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