PARTIE II. — LIVRE III
Antoine Grigorakis , parvint à échapper aux embûches des Turcs. Moins heureux, Constantin Dzervacos fut pendu à Constantinople. Théodore Grigorakis alla finir sa vie dans les prisons de Constantinople et eut pour remplaçant, en 1811, Pierre Mavromichalis, qui prit une part active à la guerre de l'indépendance sous le nom de Pétro-bey.
La Maïna voyait dans cette guerre la réalisation de tous ses vœux. A peine le signal de l'insurrection nationale avait-il été donné, que l'ancien bey , Antoine Grigorakis paraissait sous les murs de Mistra. J'ai raconté la part que les Mavromichalis prirent au combat de Valtetsi et au siège de Tripolis. Jean Mavromichalis , père du dernier bey de la Maïna, avait déjà fait pressentir dans la soulèvement de 1777 l'énergie de ses descendants: «Dans cette circonstance , dit un écrivain français*, l'intrépide Mavromichalis et ses compagnons rappelèrent tout l'héroïsme des siècles antiques. Avec vingt-deux hommes seulement qui lui restaient au bout de quelques jours d'un siège terrible, il soutint encore durant trois autres jours les efforts des ennemis,
* Mémoires de M. Reybaud , introduction.
et ses derniers soldats ayant été tués, il mit le feu à son réduit. Au moment où ce réduit achevait de brûler, les Turcs furent étonnés de n'en voir sortir qu'un vieillard et un enfant; c'était Jovani et son fils , devenu le Pétro-bey de nos jours. » Ce début était digne d'une carrière comme celle de Pierre Mavromichalis. Tandis qu'il assistait au siège de Tripolis, il savait que son fils Athanase y répondait de sa fidélité, et que le féroce capitaine qui commandait dans la ville, pouvait le faire étrangler. Si les Maïnoles ne furent pas exempts de turbulence et de rapacité à cette époque orageuse , sous d'autres rapports ils surent éviter des excès plus condamnables. Panaghios Kivélos, capitaine de Milia, qui s'était signalé par son courage , attribuait l'honneur qu'avaient eu ses frères d'armes de préserver constamment leur territoire de toute invasion, même au temps des triomphes d'Ibrahim-Pacha, à leurs égards pour les femmes, égards inspirés par un sentiment véritablement chrétien : «Nul de nous , disait-il avec une légitime fierté , n'abusa jamais du droit infâme que s'arrogent les infidèles et trop souvent les Hellènes qui ne sont pas de la Maïna, sur les